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Poésie au musée : visite de la Fondation Folon

Je poursuis à un rythme soutenu ma tournée des musées de Bruxelles et alentours. Cette fois, le beau temps hivernal m’a incitée à sortir de la ville pour découvrir la Fondation Folon nichée au milieu d’un magnifique parc. Au programme : nature et poésie.

Mi février 2021. Soleil radieux et froid de canard. Le parc qui entoure le château de La Hulpe et mène à la Fondation Folon est magique sous son étincelant manteau blanc. A 15 minutes à peine de Bruxelles, ce domaine de 227 ha est un merveilleux écrin pour les œuvres de Jean-Michel Folon. La ferme du château abrite depuis l’an 2000 la Fondation Folon qui présente les multiples facettes de l’oeuvre de cet artiste belge mondialement connu.

Jean-Michel Folon, un rêveur engagé

Né à Uccle (Bruxelles) en 1934, Jean-Michel Folon s’éteint en 2005, atteint d’une leucémie.

Dès l’âge de 6 ans Folon dessine de façon obsessionnelle. Après des études d’architecture entamées à La Cambre à Bruxelles, il part s’installer près de Paris au début des années 1960. Il y expose ses premiers dessins sans pour autant susciter d’intérêt particulier. Il se tourne alors vers les États-Unis … et c’est là que démarre sa carrière d’illustrateur.

Tour à tour illustrateur, peintre, graphiste, puis sculpteur … Folon pose un regard singulier sur le monde et la société qui l’entoure, à la fois délicatement poétique et terriblement interpellant. Dans les années 70 et 80, ses dessins sont partout, du timbre poste au générique TV, des affiches aux cartes postales. Je m’en souviens très bien…

Folon est un touche à tout, curieux de tout. Il ne suit aucune mode, n’appartient à aucun courant artistique. Il dira de lui :

Au fond, je ne suis ni peintre, ni dessinateur ni affichiste, ni écrivain, ni graveur. Je ne suis ni abstrait, ni figuratif. Je n’appartiens à aucune école. Mon but n’est pas de figurer dans une histoire de l’art. Je n’ai rien inventé puisque je dois à tout le monde. Je ne comprends pas mes images, et chacun est libre de les comprendre comme il veut. J’ai simplement essayé de fixer mes propres rêves, avec l’espoir que les autres y accrochent les leurs.

Folon illustrateur

D’une métaphore à l’autre, Folon pose son regard poétique mais perçant sur le monde qui l’entoure : gratte-ciels prisons, flèches directionnelles en folie, hommes-oiseaux en vol, œil curieux et captivant, valises – cadres, bateaux en partance, …

Outre les affiches et les couvertures de magazines américains comme Time ou New Yorker, Folon réalise de monumentales peintures murales pour des expositions, des gares ou des stations de métro, comme celle du Montgomery à Bruxelles (Magic City – 165 m²).

À cette époque, il illustre aussi de nombreux livres – des contes de Lewis Carroll aux fables de La Fontaine, en passant par l’œuvre de Prévert ou encore La Métamorphose de Kafka.

Aquarelles

Pour éviter d’être catalogué comme illustrateur, Folon aborde d’autres techniques, surtout l’aquarelle dont il devient un grand maître.

Folon est un rêveur mais il n’est pas naïf. Il s’engage pour de nombreuses causes humanitaires, comme Amnesty International ou l’Unicef pour qui il dessine des affiches.

Mais même si ses sujets sont souvent pessimistes, son trait de crayon reste léger et sa palette de couleurs, lumineuse et résolument optimiste.

Collages

Avant d’aborder la sculpture, Folon pratique le collage en jouant avec les matières et les épaisseurs. Il crée ainsi du relief à l’aide de carton ondulé, de plusieurs couches de papier ou de tissus.

Folon sculpteur

À partir des années 90, Folon se lance dans la sculpture et passe de plus en plus de temps en Italie. Cette nouvelle orientation répond à son besoin de varier les moyens d’expression mais aussi à une volonté de donner du volume à ses thèmes de prédilection : personnage au chapeau, mains ouvertes, valises, oiseaux, … et de les faire dialoguer avec la nature.

Folon aime placer ses sculptures en plein air. Il chérit le dialogue qu’elles peuvent entretenir avec la lumière. Une façon de faire vibrer les surfaces, d’introduire dans l’immobilité de la figure, une dynamique sans fin. Il aime créer de la complicité entre une œuvre et son environnement, privilégiant les éléments naturels (la végétation, la pluie ou le vent). Il aime aussi l’idée que le temps se charge de prendre le relais du sculpteur, faisant évoluer la patine au fil des saisons. Une façon de donner à la nature sa primauté sur l’homme, de lui laisser le dernier mot. (source)

La Fondation Folon à La Hulpe

Créée en 2000 par Folon lui-même, la Fondation Folon présente plus de 300 œuvres de l’artiste.

Un musée dans un écrin de verdure

Le musée Folon est indissociable de son écrin de verdure. Lorsque vous le visiterez, prévoyez assez de temps pour une promenade dans le parc du château de La Hulpe. Vous ne le regretterez pas !

Les bâtiments de l’ancienne ferme du château, blanchis à la chaux, entourent une cour pavée. Si les circonstances ou le temps le permettent, vous pourrez terminer votre visite en prenant un verre sur la terrasse qui fait face au parc et aux étangs.

Une muséographie inspirée

La scénographie imaginée par Folon est un véritable voyage poétique dans son œuvre. Dès l’entrée, le ton est donné : comme Alice au pays des merveilles, on pénètre dans l’oeuvre et dans le musée  comme dans un livre.

Le parcours fléché nous entraîne à travers une quinzaine de salles réparties dans deux bâtiments, le premier dédié aux œuvres graphiques et le second aux sculptures. Comptez 1h30 pour la visite.

La visite débute par les illustrations des Droits de l’Homme. Tout un programme.

Puis, nous découvrons l’impressionnante galerie des affiches. Folon en a réalisé plus de 500 au cours de sa carrière – des simples publicités aux affiches de défense des plus belles causes humanitaires en passant par des invitations pour des événements culturels et des expositions.

Ici comme dans toute l’oeuvre graphique, on retrouve les mêmes constantes : la simplicité du trait, la richesse des couleurs et la force des images.

Jeux de miroirs et effets ludiques

Le parcours se veut également ludique et interactif : jeux de miroirs, mises en abyme et projections se succèdent pour mettre en valeur les œuvres et les thèmes clés de l’artiste. À l’instar du très beau tunnel du mail art.

Ou encore de la mise en perspective des œuvres abordant la thématique du voyage et des bateaux.

Sans parler de l’incroyable dynamique de la salle des miroirs où chaque spectateur dialogue avec l’oeuvre sous l’oeil de Folon. Envoutant !

À mi-parcours, une pause bienvenue : en mezzanine, quelques bancs face à un écran géant où Folon parle de sa passion pour l’aquarelle.

Objets détournés et sculptures

La visite se poursuit, jamais monotone, l’incroyable diversité des techniques utilisées par Folon se déployant au fil des salles. On découvre des œuvres moins connues comme les collages et les tableaux de bateaux upcyclés. Vient ensuite un couloir empli d’objets insolites, détournés, malicieux  …

Folon est un accumulateur ; tel un « chef d’orchestre du hasard », il combine ses trouvailles pour leur redonner vie, ou plutôt une nouvelle vie et une nouvelle fonction. Rien d’étonnant, finalement, à ce que cet artiste belge ait hérité d’une certaine vision du monde surréaliste consistant à séparer un objet de son identité première ou en tout cas de celle que l’on admet communément.

Une porte s’ouvre sur une cour intérieure où l’on se trouve nez à nez avec l’homme au chapeau sous son parapluie de pluie. Sauf que … par ce froid polaire, il n’y a ni pluie, ni parapluie ! Il ne reste plus que l’imagination !

La visite se poursuit dans le second bâtiment consacré à la sculpture de Folon. L’atelier de l’artiste y est reconstitué.

Et l’on découvre ses sculptures, petites ou grandes, aux inspirations parfois surprenantes  …

Une salle est dédiée à l’homme au chapeau face à la mer. Le bruit des vagues, une immense photo de la mer, le sable … tout y est. Et l’esprit s’envole vers cette autre statue, identique, qui fait face à la mer du Nord, sur la plage de Knokke.

Jusqu’au bout, la visite nous réserve de belles surprises. Et lorsqu’on pénètre dans la dernière salle obscure où brillent mille étoiles, avec au centre, un petit bonhomme en équilibre sur son échelle, nous sommes tous redevenus des enfants … Happés par la magie du moment et de l’univers si poétique de l’artiste. Merci Monsieur Folon !

La Fondation Folon en pratique

  • Réservation obligatoire, soit en ligne sur le site de la Fondation soit par email à info@fondationfolon.be .
  • Horaires : mardi à vendredi, de 9h à 17h ;
    weekend & jours fériés, de 10h à 18h.
  • Durée de la visite : 1h30
  • Prix : 12€, 8€ (65+), 6€ (-26 ans)
  • Site : fondationfolon.be
  • Adresse : Drève de la Ramée 6A – 1310 La Hulpe
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