Cinq jours pour explorer le Salento
Le Salento, c’est le fameux talon de la botte italienne. Entouré des mers Ionienne à l’ouest et Adriatique à l’est, c’est la partie la plus orientale des Pouilles. Dans certains villages, on parle encore un dialecte grec, vestige de l’Antiquité et de la domination byzantine.
Octobre 2024. Après la Toscane et la côte amalfitaine, nous poursuivons notre périple italien vers le sud. Notre première étape dans les Pouilles nous mène au bout du bout du talon de l’Italie : le Salento, une région alliant plages idylliques, villes baroques et villages typiques. Un patrimoine aussi riche que méconnu, des mets et des vins délicieux et des paysages à couper le souffle.
Une territoire que je vous invite à parcourir avec nous.
Sommaire
Découvrir le Salento en 5 jours
Cela faisait longtemps que je rêvais de découvrir ce talon italien, cette péninsule baignée par deux mers, ancien carrefour de civilisations. Avec des plages de sable fin d’un côté ; des criques découpées, des grottes marines et d’adorables cités blanches le long de l’autre.
Une terre aux multiples facettes que nous sillonnerons une petite semaine avant de remonter vers les lieux emblématiques des Pouilles.

Jour 1 : Installation et visite de Santa Maria di Leuca
Pour explorer cette finis terrae, nous avons loué une pajara, une construction rurale en pierre sèche typique du Salento. Une petite maison basse, aux épais murs de pierre, sans beaucoup de fenêtres, totalement immergée dans un maquis méditerranéen : oliviers, pins, myrtes, figuiers et fenouil sauvage. Un jardin à plusieurs niveaux, bordé de murs en pierre sèche, qui offre une vue imprenable sur la mer.
Loin du bruit, facilement accessible par la route qui mène de Santa Maria di Leuca (dont elle n’est distante que de 2 km) à Otranto, c’est l’endroit idéal pour se détendre.

C’est aussi le royaume des chats. Au fil des jours, ils seront de plus en plus nombreux à venir quémander un peu de nourriture …

Santa Maria di Leuca
À Santa Maria di Leuca, nous sommes au point le plus méridional du talon de l’Italie, à la confluence de l’Adriatique et de la mer Ionienne, une région que les Romains appelaient finis Terrae.

La station balnéaire présente relativement peu d’intérêt, si ce n’est une poignée de villas extravagantes du XIXe siècle et un agréable lungomare (front de mer) entre le port de plaisance et Punta Ristola.

Près du vieux port, un double escalier monumental de 300 marches permet d’accéder au promontoire de la basilique et au phare. Il s’agit en réalité de l’extrémité de l’aqueduc des Pouilles construit sous Mussolini. L’eau étant bien trop précieuse, la cascade du milieu ne fonctionne plus que quelques jours par an.

Sur les hauteurs, la basilique-sanctuaire Santa Maria de Finibus Terrae est un lieu de pèlerinageédifié sur les vestiges d’un temple romain dédié à Minerve, où les marins s’arrêtaient jadis avant de doubler le cap. Une vaste terrasse balayée par les vents offre un panorama impressionnant, surtout par grandes marées. Un phare de 47m de haut, visible à 40 km à la ronde, avertit les navigateurs. Peu de monde en cette saison.

Jour 2 : La côte adriatique de Leuca à Otranto
Une petite route serpente le long des côtes rocheuses depuis Leuca jusque Otranto. Quelques arrêts s’imposeront pour capter l’essence de cette région.
Ponte Ciolo
Premier arrêt : un pont, un petit canyon creusé par la mer, un hameau et une grotte … l’une des plus célèbres de cette partie de côte.

Torre Sant’Emiliano et les tours côtières
On les repère de loin ces sentinelles massives qui défendaient jadis le territoire contre les invasions turques.
Plus de 360 tours côtières jalonnaient les Pouilles au XVIIe siècle. Beaucoup sont aujourd’hui en ruine, mais certaines ont été restaurées.

Santa Cesarea Terme
Bref arrêt dans cette station balnéaire au charme désuet, surtout remarquable pour ses villas mauresques, comme La Villa Sticchi qui occupe une position fabuleuse surplombant la mer.

Punta di Palascìa
L’arrêt suivant nous mène par un petit sentier au phare le plus à Est d’Italie. Il paraît qu’on aperçoit les montagnes de l’Albanie et les îles grecques quand les journées sont claires. Mais j’ai eu beau écarquiller les yeux, je n’ai vu que la mer à perte de vue !

Otranto : cité médiévale martyrisée
L’après-midi est déjà bien avancée quand nous arrivons enfin à Otranto, la cité blanche face à la mer. Reconnue en 2010 par l’Unesco comme site messager de paix, Otranto est connue comme « la ville des Martyrs » en raison des événements survenus en 1480.
Le centre historique, protégé par d’épaisses murailles, a connu diverses influences : romaine, byzantine et aragonaise.

© vue aérienne d’Otranto – Wikipedia
On accède au centre historique par la Porta Alfonsina. De là, on peut admirer le système défensif des remparts, typique de l’architecture militaire aragonaise.

La cathédrale normande, assez massive de l’extérieur, recèle une véritable pépite : tout le sol est couvert d’une mosaïque datant du XIIe siècle réalisée par un jeune moine du nom de Pantaleone. Elle représente un arbre de vie, dont les branches sinueuses abritent des scènes bibliques, des monstres, des animaux, des figures mythologiques et des symboles de corporations.

Mais ce qui m’a le plus sidéré, c’est la chapelle des Martyrs à droite du maître-autel : l’autel y est entouré de hautes vitrines sont remplies … des crânes des martyrs de 1480, 813 malheureux, massacrés et décapités par les Turcs !

Sous l’autel, une étonnante crypte à cinq nefs, véritable forêt de colonnes aux chapiteaux sculptés (XIIe s).
Nous poursuivons ensuite notre exploration des petites rues de la vieille ville, pour terminer en beauté, confortablement installés à une terrasse près des remparts.
Jour 3 : Visite de Lecce, la baroque
Cette fois, nous partons pour Lecce, la capitale du Salento, célèbre pour son architecture baroque du XVIIe siècle.
Le centre historique est délimité par les grands boulevards. C’est à l’intérieur de ce périmètre que se trouve l’ensemble des sites incontournables. La visite se fait donc facilement à pied.
Je ne raffole pas du baroque, mais ici la couleur dorée de la pierre calcaire de Lecce fait toute la différence.
Piazza Duomo
Nous découvrons un formidable ensemble de bâtiments baroques du XVIIe et XVIIIe siècle autour de la Piazza Duomo : la cathédrale, le Palazzo Arcivescovile (palais épiscopal) et le Palazzo del Seminario où se trouve le musée d’art sacré.
Et, accolé à la cathédrale, un campanile de 70 mètres, le plus haut des Pouilles.

Cathédrale Santa Maria dell’Assunta
La cathédrale, dans son aspect actuel, date de 1670. L’intérieur en croix latine à trois nefs est impressionnant. Il compte douze autels en marbre ouvragés. Et le plafond à caissons est doté de 3 toiles du XVIIe et XVIIIe siècle.
Au sous-sol se trouve une crypte avec 92 colonnes dont les chapiteaux représentent des animaux.

Théâtre Romain
Coincé entre les maisons du centre historique, on aurait vite fait de passer à côté du théâtre romain.
Nous empruntons une petite ruelle (fort jolie d’ailleurs) pour le rejoindre.
L’édifice du Ier siècle pouvait accueillir jusqu’à 5 000 spectateurs. Il est entouré d’une clôture qui permet seulement de l’apercevoir.

Piazza Sant’Oronzo
C’est la plus grande place de Lecce et la plus animée.
C’est ici que se concentrait jadis l’activité économique de la ville. Au nord, le Palazzo del Seggio (1592) mélange les styles Gothique et Renaissance.

Château de Carlo V
Nous étions garés près d’un immense château, le plus grand des Pouilles, à l’est du centre historique. Construit au XIIe siècle, puis modifié par Charles Quint en 1553, ce château n’avait pas seulement des fonctions défensives. Au XVIIIe siècle, il était utilisé comme théâtre.
De l’extérieur impossible de voir autre chose que ses immenses remparts.

Porta San Biagio
La Porta San Biagio (1774) est l’une des trois portes du centre historique de Lecce. Elle a remplacé une ancienne porte commandée par Charles Quint et qui été délabrée.

Jour 4 : La côte ionienne de Leuca vers Gallipoli
Nous reprenons la route qui longe cette fois la côte ionienne pour nous rendre à Gallipoli. Moins scénique que celle d’Otranto, elle est déserte à cette période de l’année.
Ici les marinas et les plages paradisiaques se succèdent sans se livrer vraiment aux regards distants.

Gallipoli
Après une petite heure de route, nous arrivons à Gallipoli, la « belle ville » en Grec. On repère de loin son centre historique sur une île reliée par un pont au continent.

La vieille ville abrite un charmant dédale de ruelles avec quelques édifices remarquables et un imposant château qui garde l’entrée du vieux port.
Particularité de Gallipoli : la vieille ville abrite plusieurs moulins à huile souterrains, vestiges de l’époque où la ville exportait l’huile d’olive dans l’Europe entière.
Cathédrale de Gallipoli
La basilica concattedrale di Sant’Agata est dédiée à Sainte-Agathe la patronne de la ville. Construite au XVIIe siècle sur le point le plus élevé de l’île, dans une zone sacrée depuis l’Antiquité, sa façade en pierre calcaire est sculptée de nombreuses frises et statues.

L’intérieur de style baroque se compose de trois nefs séparées par douze colonnes et douze autels. Nombreuses toiles d’un maître napolitain. Nous admirons les marbres polychromes de l’autel et le plafond richement orné.

Borgo antico
Nous déambulons dans les ruelles étroites et sinueuses du centre historique (borgo antico).
Ici aussi de puissants bastions, construits vers le XVe siècle, défendaient la ville contre les attaques des pirates sarrasins qui semaient la terreur dans le Salento à cette époque.

Galatina
Pour rentrer au gîte, nous empruntons les routes de l’intérieur, un petit détour pour visiter une autre perle du Salento : les fresques de l’église Santa Catherina d’Allessandria.
Basilica di Santa Caterina d’Alessandria
Cette basilique franciscaine du XIVe siècle, à la façade toute simple, se distingue par un fabuleux ensemble de fresques rappelant Giotto à Assise.

Ici, on lit les murs ! Ils illustrent des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Et il y a tant à observer que l’on en perd la notion du temps.
En conclusion
Cinq jours, ce n’est sans doute pas suffisant pour apprivoiser le Salento. Mais c’est assez pour en saisir les contrastes :
la douceur des plages ioniennes, la rudesse des falaises adriatiques, la pierre blonde des villes baroques et cette lumière si particulière qui accompagne chaque étape.
En quittant cette terre du bout de l’Italie, j’ai surtout le sentiment d’avoir effleuré quelque chose.
Un territoire discret, encore préservé, qui se découvre lentement, au fil des routes et des détours.
Et qui, déjà, donne envie d’y revenir.




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