Parcourir le GR34 par petites touches
Pour les randonneurs, le GR34, ou sentier des douaniers, est un incontournable des côtes bretonnes. Cet itinéraire pédestre qui relie le Mont-Saint-Michel à Saint-Nazaire dessine les contours de la Presqu’île Sauvage au fil de sentiers bien balisés offrant des vues imprenables sur les îles, les criques rocheuses et les plages confidentielles de la région.
Cet article s’inscrit dans la série Presqu’île sauvage, une exploration du Trégor entre mer, vent et paysages façonnés par les saisons. 👉 Voir l’ensemble des articles : Presqu’île sauvage
Mai 2025. Cela fait bientôt 20 ans que je parcours, par petites touches, et à intervalles irréguliers, des portions du GR34, ici dans les Côtes d’Armor, mais aussi en Finistère ou dans le Morbihan.
Sommaire
Le sentier des douaniers bretons
Le mythique GR34 longe l’ensemble des côtes de Bretagne sur plus de 2000 kilomètres. Depuis la baie du Mont-Saint-Michel jusqu’à Saint-Nazaire, depuis la Manche jusqu’en Loire-Atlantique.
Un peu d’histoire : Le GR34 reprend en grande partie le tracé des chemins utilisés par les douaniers. Créés en 1791, ces sentiers leur permettaient de surveiller les côtes, de lutter contre la contrebande de sel, de tabac et d’alcool, mais aussi de secourir les naufragés et d’éviter le pillage des navires échoués.
Progressivement abandonné, ce sentier est réhabilité à partir de 1968 comme sentier de randonnée. Le premier tronçon balisé reliait Beg Leguer à Pors Mabo dans les Côtes-d’Armor.
Le balisage complet du GR34 date de 2008. Véritable emblème du patrimoine breton, il est élu GR préféré des Français en 2018. Il attire chaque année un million de randonneurs.

J’ai eu l’occasion d’en parcourir des tronçons du côté de Dinard, entre le cap d’Erquy et le cap Frehel, dans la baie de Crozon ou encore vers la Pointe du Raz et le long de la baie d’Audierne. Autant de paysages différents, mais toujours cette même sensation de marcher au bord du monde.

Le GR34 en Trégor, du Jaudy au Trieux
Dans la Presqu’île Sauvage, les 37 km du GR34 suivent le tracé irrégulier des côtes ciselées, de l’embouchure du Jaudy jusqu’à celle du Trieux, de Kerbors jusque Lézardrieux.
Le chemin, plutôt facile, se parcourt aisément en famille. On y croise autant de marcheurs aguerris que de promeneurs venus profiter de la lumière et de l’air iodé.
Quelques petites plages émaillent le parcours et l’estran généreux se prête à merveille à la découverte d’une vie discrète, révélée à marée basse.
Au fil des kilomètres, le sentier change régulièrement de visage. Tantôt au ras de l’eau, tantôt légèrement en retrait, il serpente entre landes, champs ouverts et petits chemins creux.

Plusieurs lieux méritent quelques minutes d’arrêt et une explication, comme l’allée couverte de Men-ar-Rompet (encore appelée « pierre des druides ») qui date de l’âge de la pierre polie.

Plus loin, vers Port-Béni, des roches granitiques affleurent : elles comptent parmi les plus vieilles de France (1,7 milliard d’années). Quelques panneaux discrets permettent d’en comprendre l’histoire.
De minuscules ports et des plages confidentielles
Le minuscule Port-Béni aurait vu débarquer Saint-Maudez au VIème siècle, venu de Grande Bretagne. Aujourd’hui, seules quelques embarcations attendent leurs propriétaires, bercées par les marées.
On peine à imaginer que Port-Béni accueillait à la fin du XIXème siècle près de 158 navires débarquant plus de 2000 tonneaux de marchandise. De cette effervescence passée subsistent une poignée de maisons, un débarcadère et une atmosphère paisible, presque hors du temps.
Un peu plus loin, les plages se font discrètes. Certaines n’apparaissent qu’à marée basse, comme si elles ne se laissaient découvrir qu’aux marcheurs attentifs.

Marcher à son rythme
Tout au long du parcours, de petites boucles locales permettent de revenir facilement à son point de départ.
Ces balades iodées se prêtent à toutes les envies : marche tranquille, pique-nique face à la mer, jeux dans sable avec les enfants, observation de la flore ou simple pause face à l’horizon.
C’est sans doute l’une des grandes forces du GR34 ici : chacun peut y trouver son propre rythme.

Des phares et une table d’orientation
À partir de Kermagen, le sentier passe en vue de l’île Blanche, puis gagne le phare de Port la Chaîne. On dirait une maison avec un gyrophare. Il s’agit en fait d’un « feu », un phare de second plan, discret mais essentiel pour guider les navires.
Le sentier se poursuit jusqu’à la table d’orientation du sémaphore de Creac’h Maoût, lieu marqué par un épisode tragique de la seconde Guerre Mondiale.
D’ici, le regard porte loin : le sillon Talbert se dessine, et au large, le phare des Héaux de Bréhat ponctue l’horizon.

Sillon Talbert et pointe de Pen Lann
Le GR34 se poursuit en direction du Sillon Talbert et contourne la pointe de Pen Lann, le « bout de la lande », où se sont installées quelques usines de transformation d’algues. Riche de plus de 700 espèces, Pleubian possède ici l’un des plus beaux champs d’algues d’Europe.
Le sentier passe alors au large du Sillon noir, petit frère du Sillon Talbert, reconnaissable au lichen sombre qui recouvre les galets à la limite des marées..

Vers l’estuaire du Trieux
Enfin, le sentier côtier aborde l’estuaire du Trieux. Les paysages s’ouvrent sur l’archipel de Bréhat, particulièrement saisissant à marée haute, lorsque la mer vient recouvrir l’estran.

En descendant vers Lézardrieux, à Porz Guyon, je m’arrête un moment pour observer l’activité autour des parcs à huîtres. Ici, le paysage change à nouveau : plus boisé, plus campagnard. On sent que l’on quitte peu à peu le littoral pour entrer dans l’argoat, le pays intérieur.

En conclusion
C’est peut-être ainsi que le GR34 se découvre le mieux. Non pas d’un seul tenant, mais par fragments, au fil des saisons et des envies. Une crique aujourd’hui, un phare demain, un bout d’estran à marée basse ou une lande balayée par le vent.
Ici, sur la presqu’île de Lézardrieux, chaque portion raconte une histoire différente. Et il reste toujours un chemin à explorer un peu plus loin.





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