À deux pas du centre ville d’Amiens, les hortillonnages sont un petit coin de nature magique qui se visite à pied, à vélo ou en barque. Dépaysement garanti !

Mai 2018. À l’occasion d’un week-end dans la Somme, nous décidons de partir à la découverte des hortillonnages d’Amiens. Une balade enchanteresse par un jour de printemps ensoleillé.

 

Les hortillons : de petits jardins au fil de l’eau

L’appellation picarde hortillonnage remonte au 15ème siècle et est dérivée du bas latin hortellus qui signifie « petit jardin ».

Les hortillonnages désignent une zone de marais rendus cultivables par le creusement de rieux (canaux navigables) et de fossés (canaux d’assèchement) destinés à délimiter des « îlots » où l’on pratiquait la culture maraîchère. Par extension, le terme hortillon désigne en picard un maraîcher.

Cultivés depuis le Moyen Age, ces jardins sur l’eau, auxquels on accède exclusivement en barque, se développèrent du fait de la richesse de leur terre et de leur situation favorable en amont d’Amiens.

Les hortillonnages sont une mosaïque de parcelles de terre (des petites îles alluvionnaires) entrecoupées de 65 km de rieux navigables en barques à font plat (aussi appelées barques à cornet) qui servaient au transport des légumes.

Les rieux portent des noms pittoresques : la Cauchiette (la chaussée), le Peuple (peuplier), le rieu à Galets, le rieu de la Crosse, du Gouverneur, du Pont cassé, du Tournet, de la Broquette, du Malaquis.

Petite histoire des hortillonnages

À l’origine, un site naturel, une vaste zone marécageuse qui s’étend aux portes d’Amiens.

Au Moyen-Âge, plus de 10 000 hectares seront progressivement convertis à la culture maraîchères ou exploité pour l’extraction de la tourbe à usage combustible.

Au 18ème siècle, les hortillonnages s’étendent à l’est des fortifiations de la ville. En 1762, on comptait 47 hortillons, formant une communauté bien identifiée, avec ses règles propres, qui fournit la ville d’Amiens en primeurs. On devenait hortillon de père en fils.

Au 19ème siècle, un millier de personnes vivent des hortillons et vendent leur production sur le marché du quartier Saint-Leu. C’est l’âge d’or des hortillonnages. Les productions s’exportent jusqu’à Londres.

Au cours du 20ème siècle, le nombre d’hortillons n’a cessé de décroître, passant de 950 en 1906 à 65 en 1970. En cause, l’apparition des transports frigorifiques et les importations massives de légumes.

Dans les années ‘70, un projet d’extension de la rocade d’Amiens prévoyait de faire passer une route à travers les hortillonnages. Heureusement, des propriétaires et défenseurs de ce milieu unique se sont mobilisés et ont formé une association pour défendre ce patrimoine fragilisé par la vie moderne.

Au fil des siècles, l’extension d’Amiens à progressivement enclavé les hortillonnages dans la ville et réduit leur superficie. Ils ne couvrent plus que 300 ha aujourd’hui, dont 30 ha seulement encore exploités pour la culture maraîchère.  

Les hortillonnages : un patrimoine naturel à préserver

Les hortillonnages sont classés à l’Inventaire National des Sites.

De la culture maraîchère aux jardins privés

Il ne reste plus aujourd’hui qu’une dizaine d’hortillons qui exploitent quelques 25 hectares, soit quelques grandes parcelles.

Avant le milieu du XXe siècle, les hortillons vendaient régulièrement leurs primeurs au cours des « marchés sur l’eau ». Aujourd’hui ce marché n’a lieu sous sa forme traditionnelle qu’une fois l’an, en général pendant la « Fête de l’eau » qui se déroule en juin dans le quartier Saint-Leu. On peut néanmoins se procurer la production des hortillons au marché de place Parmentier en Amiens (samedi matin).

Á partir des années 1970, le site des hortillonnages connaît une véritable mutation. La plupart des parcelles sont progressivement rachetées par des particuliers et aménagées en jardins d’agrément accessibles en barque. Ces jardins sont complétés par de petites constructions de dimensions et d’aspects variés.

Amiens était une ville industrielle et ses ouvriers s’approprièrent les parcelles au fur et à mesure de la disparition des maraîchers. A partir des années 80-90, le site accueillit de plus en plus de jardins d’agrément avec, dans certains cas, une fonction de villégiature. Aujourd’hui, ce type de parcelle exclusivement dédiée aux loisirs de leurs propriétaires est majoritaire dans les hortillonnages (environ 47% de la superficie du site). Depuis une dizaine d’années, le site est également devenu le second pôle touristique de la ville d’Amiens (après la cathédrale). (source)

La création de jardins d’agrément a modifié la structure et l’organisation du paysage. Des arbres sont plantés en bordure de terrain pour limiter le vis-à-vis avec les parcelles voisines ou les promeneurs, entraînant une fermeture du paysage.

La végétation s’est considérablement diversifiée, avec des plantes non spécifiques à la vallée de la Somme, comme les cerisiers, sapin, lilas, thuyas.

Les cabanes traditionnellement utilisées par les maraîchers pour entreposer leurs outils sont reconverties en abris de loisirs ou même résidences secondaires.

Retour en grâce du maraîchage de proximité

On note depuis quelques années un regain d’intérêt pour le maraîchage local, grâce à la culture bio.

Aujourd’hui, les quelques maraîchers professionnels qui exploitent encore les terres des hortillonnages travaillent une terre particulièrement fertile, qui leur permet de se passer d’engrais grâce à l’utilisation de la vase des canaux. Très tôt, bien avant la grande mode du bio et des labels « agriculture biologique », les hortillons ont pu, grâce à ces techniques, produire des fruits et légumes sains, sans produits toxiques.

Faune et flore des hortillonnages

Les Hortillonnages sont un espace d’une grande richesse écologique.

Les oiseaux sont nombreux sur les sites, sédentaires ou migrateurs. On rencontre des passereaux (rouge-gorge, fauvette, roitelet, troglodyte, rossignol, hirondelle, pic-vert, mésange, merle, grive, bouvreuil, chardonneret…), des bécasses, des bécassines, des canards (colvert et chipeau), des hérons, grèbes huppés, martin-pêcheurs, blairies, poules d’eau, pluviers dorés, des oiseaux nocturnes (chouettes, hiboux petits ducs, butor…) qui y nichent, s’y reproduisent et s’y nourrissent.
Les insectes des marais sont aussi présents comme les moustiques et les libellules.

Enfin, les poissons abondent : tanches, chevesnes, anguilles, brochets…

Guide pratique des hortillonnages

Avec 120 000 visiteurs par an environ, les hortillonnages sont clairement l’une des attractions touristiques phares de la ville d’Amiens.

Promenade au fil de l’eau

Une promenade au fil de l’eau est sans conteste le meilleur moyen pour s’immerger dans cet univers si particulier. Plusieurs prestataires et lieux d’embarcation, selon le type de visite souhaité.

  • Visite guidée en barque à cornet traditionnelle : embarquement à La Maison des Hortillonnages– (54 boulevard Beauvillé) – Parcours commenté par un guide batelier (circuit de 3 km et de 45 mn environ). Tarif : 5€90 (adulte), 5€20 (ados 11-16 ans), 4€10 (enfants 4-10 ans), gratuit (moins de 4 ans).
  • Location de barque individuelle: location auprès du restaurant ô jardin (5 personnes par barque maximum – durée 45 min) ou auprès du Musée des Hortillonnages.
    Pendant la période du festival (juin à octobre), possibilité de louer une barque pour partir à la découverte des œuvres réparties dans le site (capacité 7 personnes – durée maxi 2h30). Embarcadère au Port à fumier à Camon.
  • Location de canoë kayak : découverte libre des hortillonnages (2h) – départ au Club Nautique de Rivery  – Tarif : 14€ (adulte) et 7€ (moins de 12 ans)

Nous avons choisi la formule en barque traditionnelle. Heureusement, en ce début mai l’affluence était raisonnable et nous n’avons pas eu à attendre trop longtemps pour monter dans l’une des barques à fond plat.

Entre le 1er avril et le 31 octobre, 11 bateliers embarquent les touristes pour une balade de 45 minutes au fil des rieux qui enserrent les parcelles.

Bon à savoir : il peut y avoir jusque 1000 visiteurs par jour en haute saison. L’attente pour embarquer peut être relativement longue.

Balade à pied ou à vélo

En complément de la balade en barque, prenez le temps de flâner le long du chemin de halage.

Les hortillonnages d’Amiens s’étendent de part et d’autre du canal de la Somme.  Le chemin de halage, aménagé en voie verte, fait partie de la véloroute de la vallée de la Somme.

Une promenade en boucle (7 km) vous permettre de découvrir les hortillonnages tout à votre aise. Des bornes explicatives jalonnent le sentier, expliquant les spécificités et l’histoire de ce lieu surprenant.

Festival des hortillonnages

Chaque année, du mois de juin au mois d’octobre, le festival des hortillonnages mêle arts et nature.

Comme tous les ans, des lieux publics inédits sont investis : de l’île aux Fagots à la presqu’île Robinson, de l’étang de Rivery à l’étang de Clermont, festivaliers, riverains et promeneurs découvrent une cinquantaine de jardins et d’installations imaginés et produits par de jeunes artistes – paysagistes, architectes et plasticiens, attachés à la protection et à la valorisation des milieux naturels comme les jardins flottants amiénois.

© hautsdefrance.fr

Musée des hortillonnages

Depuis 2017, un musée est dédié aux hortillonnages. Il retrace leur histoire.

À ne pas confondre avec la Maison des Hortillonnages, d’où partent les visites guidées assurées par les guides de l’Association pour la Protection et la Sauvegarde du Site et de l’Environnement des Hortillonnages.

Dormir au cœur des hortillonnages

Quelques gîtes et chambres d’hôtes vous permettront de vivre un week-end (ou plus) tout à fait inoubliable.

  • D’une île à l’autre: 6 charmantes maisonnettes, chacune avec son ambiance propre, reparties sur un parc d’1 ha. Pour y savourer les hortillonnages de l’aube au coucher du soleil, en totale autonomie. Tarif : àpd de 120€ la nuit – site :  duneilealautre.fr
  • Au jardin sur l’eau : 4 chambres d’hôtes situées au milieu d’un terrain maraîcher de 15 000 m². A 50m la véloroute. Tarif : àpd 95€/chambre – site : aujardinsurleau.com
  • Comme une parenthèse : 3 maisons d’hôtes de charme et design, au cœur des hortillonnages. Tarif : àpd 130€ la nuit. – site : commeuneparenthese.fr

© duneilealautre.fr

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