Ah les châteaux français ! Qu’ils nous fassent rêver, sourire ou grincer des dents, ils font partie du paysage. Témoins silencieux des prouesses d’artisans de génie, ils nous chuchotent à l’oreille mille récits, intrigues et hauts faits des siècles passés.  Le domaine de Chantilly, aux portes de Paris, est l’un de ces fleurons du patrimoine français.  

Crédit photo : domainedechantilly.com

Printemps 2018. Le temps est radieux. Idéal pour visiter ce magnifique château situé au nord de Paris. L’accès et le parking sont aisés (mais je suppose que cela se complique en été).

Dès le premier abord, Chantilly impressionne, tant par sa taille que par son élégance. Entouré d’eau et de verdure, il a fière allure. La visite promet d’être riche !

Un peu d’histoire pour commencer …

L’histoire du château de Chantilly remonte à 1528, lorsque la famille Montmorency fait construire le château d’origine. Il revient ensuite en héritage aux princes de Bourbon-Condé. Et plus tard encore au duc d’Aumale, fils cadet du dernier roi de France. Celui-ci fait reconstruire le château, détruit pendant la révolution. Dès la fin du XIXe siècle, il y abrite ses collections prestigieuses. À sa mort, sans héritier direct, il le lègue à l’Institut de France.

Le château de Chantilly est célèbre pour son parc, sa galerie d’art, sa bibliothèque ainsi que pour son haras. Le duc d’Aumale, considéré comme le plus grand collectionneur de son temps, a fait de Chantilly l’écrin de ses précieuses collections de tableaux, de livres et de manuscrits rares.

Le château comprend deux bâtiments principaux : le Petit Château construit vers 1560 pour Anne de Montmorency (dont la statue équestre accueille le visiteur), et le Grand Château, détruit pendant la Révolution française, puis reconstruit dans les années 1870.

L’intérieur du château de Chantilly

Notre visite démarre par l’intérieur du Petit Château. Un escalier magistral nous mène au premier étage où les appartements princiers sont une succession de salles de réception, de salons, de boudoirs et de galeries.

Les Grands Appartements

Munis de nos audio-guides, nous partons à la découverte des décors fastueux d’un autre temps. Une enfilade de pièces d’apparat témoigne des fastes de la vie de château. La majeure partie des aménagements date du XVIIIe siècle. Attentifs aux explications de notre audio-guide, nous parcourons à notre rythme, l’antichambre, la salle des gardes, la chambre de Monsieur le Prince, le Grand cabinet, la Grande singerie, la Galerie des batailles et le  salon de musique. Au passage, nous admirons la vue dégagée sur les jardins et sur le grand parterre de Le Nôtre.

La richesse des boiseries blanches et or, le mobilier en bois précieux et marqueterie, les lustres, les tapisseries et les nombreux objets décoratifs évoquent le luxe étourdissant de la vie de château au XVIIIe siècle.

Les pièces sont lumineuses et la vue sur le parc est superbe.

La Grande Singerie

Au bout d’un premier long couloir, nous aboutissons à un boudoir au décor orientalisant qui ne manque pas nous d’intriguer. C’est la Grande Singerie, l’une des pièces les plus célèbres du château. Nous écoutons attentivement les explications de notre audio-guide et regrettons de ne pouvoir approcher les panneaux décoratifs de plus près, pour en apprécier tous les détails.

Les chinoiseries et singeries sont à la mode. Et le maître du genre est Christophe Huet. C’est probablement lui qui réalisa ces décors.

Plusieurs lectures des panneaux sont possibles : une évocation des cinq sens, une présentation des quatre parties du monde sans compter les clins d’œil du peintre Christophe Huet, à l’encontre de ses commanditaires, les princes de Condé, représentés ici, en singes revêtus de la livrée des Condé, « ventre-de-biche et amarante » (jaune et rouge).
Entre les six grands panneaux de bois, Christophe Huet a peint des allégories des arts et des sciences auxquelles s’ajoutent des allégories relatives aux différentes activités des princes de Condé comme la guerre ou la chasse.  (proantic)

La galerie des batailles

Vient ensuite une très longue et vaste galerie qui servait de salle de réception aux princes de Condé. Une série de 11 toiles y illustre les principales victoires du Grand Condé. Comme les batailles ne me passionnent pas, je prends plaisir à imaginer le bruissement des belles robes et les conversations feutrées des nobles dames et gentilshommes qui participaient aux réceptions données en ces lieux.

La Galerie de Peinture

Après la visite des appartements, nous nous dirigeons vers La Galerie de Peinture. C’est le cœur du musée Condé. Une étape incontournable pour les amateurs d’art : il s’agit de la deuxième collection de peintures classiques après le Louvre (quand même !). Grand collectionneur, le Duc d’Aumale présente ici tous les trésors qu’il a rassemblés au fil des ans. Principalement des oeuvres de peintres français et italiens, dont 3 chefs-d’œuvre de Raphael.

La manière de présenter les oeuvres dans la Galerie de Peinture est intéressante dans la mesure où elle témoigne de la muséographie de l’époque.

Plus grande salle du château, la Galerie de Peinture a été conçue par le duc d’Aumale pour émerveiller ses hôtes par la richesse des œuvres exposées et l’accrochage typique de son époque. La galerie présente ainsi près de 85 peintures, disposées sur plusieurs niveaux, cadre à cadre, sur des murs sombres, d’un rouge pompéien. Les toiles sont éclairées par une lumière naturelle, zénithale, fournie par la verrière au plafond.
Le duc d’Aumale a disposé ses tableaux selon son goût personnel. Conformément à son testament, la présentation des œuvres n’a pas été modifiée, la Galerie de Peinture apparaît ainsi telle qu’elle était au jour de la mort du duc d’Aumale.
Cette présentation est d’ailleurs intimement liée à l’histoire personnelle du duc d’Aumale. Sur le mur de gauche, sont ainsi présentées essentiellement des œuvres italiennes, qui rappellent ses origines familiales, maternelles notamment, alors que le mur de droite, qui lui fait face, le mur français, est lié à ses origines paternelles, à Louis-Philippe d’Orléans, dernier roi des Français.

A l’extrémité de la galerie, la Rotonde présente des chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne, avec notamment la Madone de Lorette de Raphaël et la Simonetta Vespucci de Piero di Cosimo.

Au total, le musée abrite 2500 dessins, sculptures, photographies anciennes et 1500 manuscrits, entre autres.

Le santuario

Dans une salle conçue comme un écrin, le duc d’Aumale a regroupé ses chefs-d’œuvre. Parmi ces merveilles, deux tableaux de Raphaël : Les Trois Grâces et La Madone de la maison d’Orléans, un panneau de l’Histoire d’Esther par Sandro Botticelli et Filippino Lippi et 40 miniatures de Jean Fouquet pour le Livre d’heures d’Etienne Chevalier.

Galerie de Psyché

La galerie de Psyché est un long couloir éclairé par un ensemble unique de 44 vitraux en grisaille du XVIe siècle qui racontent l’histoire de Psyché, tirée de l’Ane d’Or d’Apulée.

Conçus à l’origine pour décorer la galerie du château d’Ecouen, ces vitraux s’inspirent de gravures exécutées en Italie. Saisis à la Révolution, ils furent rendus 20 ans plus tard au prince Louis-Joseph de Boubon-Condé, puis légués à Henri d’Orléans, duc d’Aumale.

Lors de la reconstruction de Chantilly après 1875, le duc fit construire l’actuelle galerie de Psyché pour y présenter ses vitraux.

Le cabinet des livres

Deux passions habitaient le duc d’Aumale : la bibliophilie et les beaux-arts. Le cabinet des livres, aménagé par l’architecte Honoré Daumet à la fin du XIXe siècle, accueille la collection de livres rares du duc d’Aumale.

Sur les 60 000 volumes que compte la collection de Chantilly, près de 19 000 volumes sont présentés dans le cabinet des livres, dont 1 500 manuscrits et 17 500 imprimés, qui traitent de l’ensemble des sujets de la connaissance universelle. Les manuscrits, dont le plus ancien date du XIe siècle, comprennent 200 manuscrits médiévaux, souvent enluminés. Les imprimés regroupent environ 700 incunables (avant 1501) et 2 500 livres imprimés au XVIe siècle.

Parmi les richesses inestimables de la bibliothèque Condé figure le célébrissime manuscrit « Les Très Riches Heures du duc de Berry », un chef d’œuvre de calligraphie et enluminures datant du XVe siècle. Toutefois, pour des raisons de conservation évidentes, ce que l’on admire n’est qu’un fac-similé. N’empêche, l’objet est remarquable et l’on se prend à imaginer les copistes et les enlumineurs déployant tout leur art pour réaliser ce joyau de l’art médiéval.

Le manuscrit des Très Riches Heures comporte 206 feuillets de 29×21 cm, dans une reliure du XVIIIe siècle. Il présente 65 petites miniatures et 66 miniatures en pleine page, dont douze en tête de l’ouvrage, qui illustrent les mois de l’année et les constellations.

Les couleurs viennent de pigments rares d’origine végétale ou minérale, en particulier le minium, oxyde de plomb de couleur rouge d’où dérive le mot miniature ! Leur éclat est rehaussé par l’application d’or peint, or bruni ou argent.

La conception du livre, longue et complexe, a fait l’objet de multiples modifications et revirements. Pour ses décors, miniatures mais aussi calligraphie, lettrines et décorations de marges, il a été fait appel à de nombreux artistes. Une analyse approfondie du manuscrit, menée par Patricia Stirnemann, a permis de distinguer 27 artistes différents : les copistes (5), les enlumineurs de petites lettrines et de « bouts-de-lignes » en début et en fin de chaque phrase (9), les peintres de bordures de pages ou d’initiales ornées et historiées en début de chapitre (8) et les miniaturistes (5). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les Très Riches Heures ne sont pas le résultat d’un programme établi à l’avance et dirigé par un maître selon des instructions préétablies. Bien au contraire, elles sont le résultat de multiples revirements, de coupures et de retouches. (Wikipedia)

Les jardins de Chantilly

Après cette longue visite intérieure, nous sommes heureux de retrouver le ciel bleu et le soleil printanier pour une promenade à la découverte du vaste parc de 115 ha.

Jardin à la française

Dessiné à la fin du XVIIe siècle par André Le Nôtre, le grand parterre à la française comprend de vastes miroirs d’eau, des jets d’eau et fontaines ainsi qu’un ensemble de statues. De tous les jardins créés par André Le Nôtre, Chantilly était son préféré.

Le jardin à la française symbolise le triomphe de l’ordre sur le désordre, de la culture sur la nature sauvage, du réfléchi sur le spontané. Il se caractérise par une mise en scène théâtralisée du jardin, le but est de surprendre le visiteur grâce à des effets de perspectives. (domainedechantilly.com)

© domaine de Chantilly

Le jardin anglais

Situé entre le château et les Grandes Écuries, le jardin anglais fut dessiné en 1819 par l’architecte Victor Dubois.

Contre-pied du “jardin à la française”, dont il refuse le tracé géométrique et les perspectives grandiloquentes, le jardin à l’anglaise puise son inspiration dans le romantisme cher à Jean-Jacques Rousseau, pour qui l’art des jardins est destiné à embellir et enrichir la nature.

Ce type de jardin se veut paysage et œuvre d’art, le but est d’imiter la nature, d’imiter son côté sauvage afin d’exalter la poésie d’un lieu.

Beaucoup plus romantiques, les allées serpentent à travers la verdure pour nous mener vers le temple de Vénus ou l’île d’Amour.

Le jardin anglo-chinois

C’est dans cette partie du parc que se situe le Hameau. Une fois encore, l’ambiance est différente … ce qui rend la promenade d’autant plus agréable !

Dès sa construction, le jardin anglo-chinois devient un des pôles d’attraction du parc. Aboutissement des chasses et des promenades, on y vient pour se restaurer et se divertir. Cette tradition est perpétuée de nos jours avec un restaurant traditionnel qui propose des gourmandises à base de crème Chantilly.

Le jardin comprenait à l’origine un ensemble d’aménagements paysagers liés à la gastronomie. Il y avait entre autres un verger avec des arbres fruitiers, une vigne sur un moulin, des orangers pendant la belle saison, et toutes les maisons du Hameau étaient entourées de petits potagers, fruitiers et bouquetiers.

Le Hameau

À environ un kilomètre du château, se trouve le Hameau composé de sept maisons construites dans un joli style rustique.  Elles étaient autrefois somptueusement décorées à l’intérieur, ce qui étonnait les invités tant l’extérieur était simple.

Les grandes écuries

Faute de temps, nous ne verrons les grandes écuries que de loin. Pourtant, ce lieu est exceptionnel à bien des égards.

Imaginez un château dédié aux chevaux : 18 m de hauteur sous plafond, 186 m de long, les plus belles écuries du monde.

A l’époque, l’ensemble abrite, en plus de 240 chevaux, entre 400 et 500 chiens. Car les grandes écuries servaient avant tout de faire-valoir pour épater les hôtes du prince de Bourbon, passionné de vénerie. De plus, le duc d’Aumal y donnait de somptueuses réceptions.

Aujourd’hui, les Grandes Écuries abritent une quarantaine de chevaux, ânes, poneys qui participent à des démonstrations de dressage à l’extérieur ainsi qu’à des spectacles sous le dôme de 28 mètres transformé en salle de spectacle équestre.

Pour terminer, un soupçon de crème …

On ne peut terminer cette visite de Chantilly sans évoquer la crème éponyme, si souvent associée à ce lieu magique. Pourtant …

L’invention de cette crème fouettée est souvent attribuée à François Vatel, le chef cuisinier du château de Chantilly. La légende veut qu’il se serait rendu compte lors d’un banquet qu’il n’avait pas assez de dessert. Il aurait alors imaginé de créer plus de crème en la fouettant et en la rendant légère et moelleuse. C’est ainsi que serait née la crème Chantilly.

Mais en réalité les historiens affirment aujourd’hui que la crème fouettée trouve ses origines en Italie où elle était appréciée dès le 16ème siècle, où on l’appelait « neige de lait » (neve di latte).

Quoi qu’il en soit, l’appellation « crème de Chantilly » ou simplement « chantilly » apparaît au début du 19ème siècle et l’association avec le château éponyme et la bonne cuisine française semble aller de soi.

Et, si cela vous tente, vous pourrez bien sûr la déguster à l’un des restaurants du château.

Chantilly en pratique

Voici quelques points pratiques pour bien profiter de votre escapade.

Accès & parking

  • Accès par l’autoroute A1, sortie Senlis (depuis Lille ou Bruxelles) ou sortie Chantilly (depuis Paris).
  • Parking près du château (P1) ou des Grandes Écuries (P2). Prix : 5€

Temps de visite

Consacrez au minimum une demi-journée à cette visite, ou même une journée complète si vous comptez assister à un spectacle aux Grandes Écuries.

  • Visite de l’intérieur du château, du Musée Condé et du cabinet des livres : 1h30 – 2h
  • Tour du parc et des jardins + pause : 1h30 – 2h
  • Visite des Grandes Ecuries : 45’ + 30’ pour les animations équestres
  • Spectacle : 1h30

Restauration

  • Il est possible de pique-niquer dans certaines parties du parc (tables à disposition)
  • 3 restaurants dans l’enceinte du domaine : la Capitainerie (dans le château), le Café des Écuries et le restaurant du Hameau

Tarifs

    • Billet domaine (accès à tout + audioguide gratuit) : 17€ adulte, 13.50€ (7-17), gratuit (- de 7 ans)
    • Spectacle équestre : 22€ – 17€ (3-17) – gratuit (moins de 3 ans)
    • Domaine + spectacle : 30€ – 24€ (3-17) – gratuit (moins de 3 ans)
  • Parc : 8€ – 6€ – gratuit (moins de 7 ans)

Réservations et billets coupe-file

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