Les demoiselles de Blondel : une quête poétique à Bruxelles
Elles sont là, discrètes, presque invisibles. Assises dans un square, posées au détour d’une rue, au bord d’un parc.
À Bruxelles, une poignée de jeunes femmes de bronze semblent attendre – sans jamais rien demander. Je suis partie à leur rencontre.
Mars 2026. Le soleil revient doucement sur Bruxelles. Une lumière encore timide, mais suffisante pour me donner envie de sortir et de laisser ma ville m’étonner.
En ce début de printemps, je pars en quête d’une douzaine de petites statues d’un sculpteur bruxellois contemporain, Alfred Blondel. Des petites sculptures en bronze, disséminées, comme un jeu de piste, dans la ville. J’en avais croisé l’une ou l’autre aux détours d’une promenade et j’étais tombée sous le charme.
Sommaire
- Une constellation bruxelloise
- Virginie — Etterbeek, rue de Tervaete
- Pascale — Ixelles, Square de la Croix-Rouge
- Cathy — Woluwe-Saint-Pierre, Place Dumon
- Cassandre — Woluwe-Saint-Pierre, Square Louisa
- Anne-Pascale — Auderghem, Boulevard du Souverain
- Silke – Schaerbeek, Square Emile Duployé
- Les trois naïades — Forest, Square de la Délivrance
- Le Crépuscule — Uccle, Avenue des Statuaires
- Blondel : un sculpteur tardif, une œuvre prolifique
- Prendre le temps de regarder
Une constellation bruxelloise
Les demoiselles d’Alfred Blondel sont plutôt discrètes. Elles se découvrent, une à une, comme autant de présences silencieuses éparpillées dans la ville. Internet est, pour une fois, peu bavard. Et le seul livre publié sur l’artiste est épuisé depuis longtemps !
« Au commencement, il y a un artiste. Et une femme. Et de la glaise. Et puis viennent des poses et des dessins et des modelages. Et au bout de tout cela, une transmission. Et donc un mystère. Car le modèle s’en va, la sculpture s’en vient, mais pour un moment. Elle va quitter l’artiste, elle aussi. […] Je crois, oui, qu’en nous offrant ses sculptures, Alfred Blondel nous partage une histoire, il nous livre un étonnement, il nous communique une admiration et, surtout, il nous passe le relais. » Gabriel Ringlet
Allons, laissez-vous happer par le mystère de ces demoiselles qui profitent, comme moi, des premiers rayons de soleil ! Et commençons par la plus proche de chez moi …
Virginie — Etterbeek, rue de Tervaete
Haute de 50 cm, Virginie a fait son apparition sur le parvis de l’église du Sacré-Coeur. Ici, le sculpteur a pris contact avec la commune, pour lui offrir une de ses créations, en souvenir de ses parents qui ont habité 20 ans dans ce quartier à partir de 1952.

Il y a chez Virginie quelque chose d’attentif. Comme si elle écoutait – la ville, le vent, ses propres pensées ou peut-être vous qui passez par là.
Pascale — Ixelles, Square de la Croix-Rouge
Un peu plus loin, entre l’abbaye de la Cambre et les étangs qui mènent à la place Flagey, on a vite fait de passer à côté de cette jolie statue nichée dans la verdure.

Pascale s’abandonne à une posture presque familière. Un genou relevé, le corps relâché — elle pourrait être là depuis toujours.
Cathy — Woluwe-Saint-Pierre, Place Dumon
Un peu plus loin, au cœur de la place Dumon, longtemps envahie par les voitures, une autre petite silhouette menue, le genou droit replié sous elle et les mains entourant ses épaules, tout en grâce et retenue. Elle semble nous inviter à nous recentrer quelques instants sur nous-mêmes.

Cathy ne cherche pas à se cacher. Et pourtant, on ne la voit qu’en s’arrêtant vraiment.
Cassandre — Woluwe-Saint-Pierre, Square Louisa
En remontant vers l’avenue de Tervueren, au cœur d’un quartier résidentiel, on découvre, presque par hasard, une autre sculpture de Blondel.

Cassandre regarde au loin – ou peut-être en dedans. Il y a dans sa posture une forme de distance, douce et irréversible.
Anne-Pascale — Auderghem, Boulevard du Souverain
Poursuivant notre quête, nous découvrons une autre demoiselle, entre verdure et béton.

Elle capte la lumière sans la retenir. Elle se pose là, mais ne s’impose pas. Ici aussi, il faut prendre le temps de s’arrêter pour la trouver. Sur le boulevard du Souverain, Anne-Pascale est presque anachronique.
Silke – Schaerbeek, Square Emile Duployé
Sans doute devrez-vous un peu la chercher. N’hésitez pas à tourner en rond pour la trouver. Elle vaut le détour !

Silke a la délicatesse des gestes retenus. Une sorte de mélancolie dans le regard et l’attitude. Et dans ce square discret, elle est comme une parenthèse — une invitation à ralentir sans bruit.
Les trois naïades — Forest, Square de la Délivrance
Installée en mai 1999, cette fontaine circulaire en pierre bleue accueille « Les Naïades », trois figures féminines en bronze, une assise, une agenouillée et une accroupie.

Trois nymphes au bord de l’eau. Comme une conversation suspendue, que l’eau seule viendrait troubler.
Le Crépuscule — Uccle, Avenue des Statuaires
Ici aussi, la statuette de 60 cm de hauteur est un don du sculpteur à la commune en 2010.

Tout est dans le titre : le jour décline, les contours s’adoucissent – et la sculpture semble disparaître dans sa propre lumière.
Agnès – Jette, Avenue Jean Joseph Crock
Agnès manque à l’appel. Une bonne raison d’aller découvrir ce quartier de Bruxelles que je connais peu !
Blondel : un sculpteur tardif, une œuvre prolifique
Rien ne destinait Alfred Blondel (1888–1962) à devenir sculpteur. Docteur en droit, ingénieur commercial, il mène d’abord une carrière internationale.
Issu d’une famille où l’art occupe une place importante – Anna Boch, peintre impressionniste du groupe des XX, et Eugène Boch, ami de Van Gogh, comptent parmi ses proches. Il cultive très tôt un intérêt pour la beauté et la culture.
Mais c’est après cinquante ans qu’il opère un tournant décisif. Encouragé par son épouse, il se forme, installe un atelier à Bruxelles et se consacre pleinement à la sculpture. Pendant plus de trente ans, il travaille avec une énergie folle, produisant plus de 500 terres cuites et plus de 1300 bronzes.
Ses sculptures sont presqu’exclusivement des figures féminines, souvent assises et recueillies. De petite taille (50-60 cm) jusqu’à la taille réelle. L’œuvre de Blondel est une ode à la beauté, à la féminité, à la grâce des visages et des corps, des attitudes et des mouvements.

© be-monumen.be
Qui sont les demoiselles de Blondel ?
Les prénoms des sculptures rendent hommage aux modèles qui ont inspiré Alfred Blondel. Ces jeunes femmes sont au cœur de son œuvre, devenant à ses yeux, des collaboratrices, comme il se plaît à l’expliquer :
Chaque fois que c’était possible, j’ai donné à l’œuvre le prénom du modèle en remerciement pour notre collaboration. […] Même si certains modèles passent comme des étoiles filantes, d’autres vont poser des mois, des années durant, jusqu’à une décennie.
Prendre le temps de regarder
Je ne les ai pas cherchées en une seule fois. Je les ai rencontrées.
Au détour d’une promenade, entre deux courses, un matin de lumière ou un après-midi plus gris. Et chaque fois, il fallait ralentir. S’approcher. Accepter de ne rien faire d’autre que regarder. Peut-être, après tout, est-ce cela leur raison d’être.
Nous rappeler qu’au cœur même de la ville, il existe encore des lieux où l’on peut simplement s’arrêter.
Regarder. Et, peut-être, retrouver le goût du silence.

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