Non loin de Paris, Pierrefonds est une bourgade paisible, dominée par un imposant château médiéval. Tout autour, la majestueuse forêt de Compiègne se pare de mille tons mordorés en cette fin d’automne.

Située dans l’Oise, à côté de Compiègne et non loin de Senlis et Chantilly, que j’ai déjà évoqué ici, la bourgade de Pierrefonds est une très chouette destination pour un week-end riche et varié : un château incroyable, de belles demeures, un étang romantique et une forêt domaniale parcourue par des kilomètres de chemins et pistes cyclables balisés.

Novembre 2019. En ce week-end automnal ensoleillé, nous jouons taxi pour notre fils qui participe à un GN à Laigneville. C’est l’occasion de poser nos sacs dans l’Oise le temps d’un long week-end. Pierrefonds cochait toutes les cases : culture, nature et Airbnb sympa !

Pierrefonds, ancienne station thermale

Aujourd’hui connue et visitée principalement pour son château, Pierrefonds est une petite ville de province pittoresque, au passé étonnant. Avec ses 1.800 habitants, le village initial s’est transformé au XIXe siècle en ville d’eaux, rebaptisée Pierrefonds-les-Bains. À cette époque, près de 200.000 visiteurs y venaient chaque année.

La découverte en 1846 de deux types de sources, l’une sulfureuse calcique, l’autre ferrugineuse, est à l’origine de cette métamorphose. Ce nouveau lieu de cure, proche de Paris, attire une clientèle aisée, séduite par le charme des lieux. Et pour accueillir les curistes, la commune disposait de cinq hôtels et de maisons particulières à louer. En 1875, Pierrefonds pouvait loger entre cinq cents et six cents curistes.

L’établissement thermal était un grand bâtiment longiligne, en bordure d’étang, comprenant 40 cabinets de traitement. Transformé en hôpital militaire durant la Première Guerre Mondiale, il fermera ses portes après la guerre.

L’arrivée du chemin de fer donna une ampleur particulière à la station thermale. En 1854, les guides Cicerone vantaient déjà les charmes de Pierrefonds.

Les environs de Paris, si riches en ornements et en beautés de toute sorte, n’ont rien de plus magnifique et de plus attrayant que Compiègne, Pierrefonds et Coucy, et ce sont là les plus intéressantes excursions que l’on puisse faire dans un rayon de vingt-cinq ou trente lieues autour de la capitale. Ce qui jadis était un voyage n’est plus aujourd’hui qu’une promenade, grâce à la rapidité du chemin de fer. (…) En partant le matin, on visitera Compiègne et Pierrefonds qui s’élève sur la lisière de la forêt, et on sera le soir de retour à Paris.

Aujourd’hui, le thermalisme n’est plus qu’un souvenir. Seul, l’étang attire encore quelques touristes. On y canote aux beaux jours, on s’y arrête pour siroter un verre en terrasse et l’on admire en toutes saisons et à toute heure les reflets du château qui s’y mire.

L’ancienne gare

Ouverte en 1884 et fermée au service des voyageurs en février 1940, la gare de Pierrefonds est inscrite à l’inventaire des monuments historiques depuis 1977. Représentative de l’architecture du XIXème siècle, elle offre une vue remarquable sur le château. Après une période d’abandon, elle a été restaurée et aménagée en logements.

Crédit Photo : P.poschadel

Le château de Jonval

Témoin du riche passé de Pierrefonds, le château de Jonval, construit en 1905 par le Comte de Failly sur les ruines d’un château médiéval, séduit par son architecture originale, ses jardins à l’italienne et sa chapelle (inspirée de celle de Chantilly). Situé sur une hauteur boisée, il est visible de l’ensemble du bourg et du château médiéval. Pour monter là-haut et jouir du point de vue, empruntez la Sente du Diable.

L’église Saint Sulpice

La première église de Pierrefonds fut construite au dessus d’une source. L’église actuelle date des XIe et XIIIème siècles pour le chœur, et des XVe et XVIe pour les nefs.

Au fil des rues

La richesse du patrimoine bâti de la commune se découvre au fil des rues. Avec d’étonnantes constructions comme la Palestrina, rue du Beaudon (tout près de l’Airbnb que nous avons loué). Construite au début du XXe siècle sur le modèle de la villa du compositeur italien Giovanni Pierluigi da Palestrina. Sur la façade, on retrouve des sculptures qui ressemblent étrangement à celles que nous découvrirons au château.

Un peu plus loin dans la même rue, un autre joyau datant du début du XXe siècle, la villa Colombine, de style florentin, est aujourd’hui à vendre !

Elle fut acquise en 1935 par une grande figure de Pierrefonds (M. Ferrand) qui y installa un premier musée sur l’histoire de la dentisterie, puis un second consacré à l’impératrice Eugénie (déplacé depuis à Compiègne).

Plus loin, face à la gare, vous découvrirez la villa Séverine, au n°14 de la rue du même nom. C’est là que vécut pendant 20 ans la première journaliste française de renom, Caroline Rémy, dite Séverine.

Sur le site Cirkwi, vous pourrez télécharger le circuit de découverte du bourg de Pierrefonds

Pierrefonds, un château médiéval revisité par Viollet Leduc

Étonnamment moins visité que d’autres châteaux français (150.000 visites par an), le château de Pierrefonds a pourtant tout pour séduire.

Complètement réinventé par l’architecte de génie du 19ème siècle, Eugène Viollet-le-Duc, le château actuel combine les éléments défensifs typiques du Moyen Âge (8 tours, un pont-levis et un donjon) à de nombreux éléments décoratifs et techniques beaucoup plus modernes. À tel point que certains puristes lui préfèrent d’authentiques châteaux forts conservés dans leur jus.

Visite virtuelle sur le site www.chateau-pierrefonds.fr

Sans le coup de cœur de Napoléon III, le château serait resté à l’état de « ruines romantiques » comme au début du XIXe siècle. Pour le reconstruire, l’empereur fait appel au meilleur bâtisseur de l’époque : Viollet-le-Duc. Fidèle à lui-même, celui-ci ne s’est pas contenté de restaurer le château détruit par Louis XIII au 17ème siècle, il l’a véritablement réinterprété avec ses codes et sa créativité.

Les travaux, financés en grande partie avec les fonds propres de Napoléon III, dureront 20 ans. Viollet-le-Duc n’en verra d’ailleurs pas la fin.

La cour intérieure

Après avoir franchi le pont-levis, on pénètre dans la cour d’honneur. D’emblée, on est saisi par l’équilibre, la taille et l’élégance de cette cour. Les façades de style Renaissance fourmillent de détails sortis de l’imaginaire de l’architecte. Monstres, chimères et sculptures sont autant de clins d’œil malicieux.

Tant et si bien qu’on se croirait dans un décor de film. Les lieux ont d’ailleurs été choisi pour le tournage de films comme Les Rois Maudits, Peau d’Âne ou Les Visiteurs 2.

Le mélange des styles est évident : médiéval et Renaissance s’y trouvent intimement mêlés et le classicisme se teinte de toute la fantaisie débridée de Viollet-le-Duc.

Viollet-le-Duc, restaurateur et novateur

À l’évidence, le château de Pierrefonds est une création et une interprétation de Viollet-le-Duc. Il ne s’agit en aucun cas d’une restitution fidèle du premier édifice bâti en ces lieux. Cela a d’ailleurs alimenté un long débat sur la restauration du patrimoine.

Si la réinterprétation de l’architecture médiévale par Viollet-le-Duc est rigoureuse et fondée sur l’observation et l’étude, ses restaurations n’en déploient pas moins une extraordinaire invention, tant dans les procédés constructifs que dans l’ameublement et les décors sculptés et peints. L’architecte s’appuie sur ses relevés, mais aussi sur les connaissances qu’il a acquises par l’observation d’autres monuments de la même époque et du même style pour restaurer, sur la feuille et à l’échelle, un monument partiellement détruit dans ses moindres détails. Pour y parvenir, il supplée l’inconnu par des inventions «plausibles», fruits de son imagination et de son intime connaissance des monuments et œuvres du passé.

Le château de Pierrefonds est habité par toute une ménagerie imaginaire. Étrange bestiaire que l’on suit à la trace, d’un bout à l’autre du château : sur la rampe d’escalier menant à l’aile des invités, sous les voûtes du long passage Renaissance, encastrés dans les boiseries des salles de réception, …

On retrouve ainsi le génie de Viollet-le-Duc à chaque étage et dans chaque détail. Mais cela va bien au-delà des lignes architecturales, des sculptures ou des motifs ornementaux.

Les matériaux et les techniques mis en œuvre sont souvent inédits et novateurs.

Si l’apparence du château est médiévale, les procédés constructifs sont ceux du XIXe siècle : pour reconstruire ce chef-d’œuvre de la fin du XIVe siècle, Viollet-le-Duc s’assure la collaboration d’artisans et d’artistes contemporains comme la plomberie d’art Monduit ou le sculpteur Emmanuel Frémiet. Viollet-le-Duc généralise l’usage du métal, qui est omniprésent dans le château : il construit pour la première fois à Pierrefonds des charpentes métalliques, consolide la maçonnerie par un système de chaînages, reconstitue des descentes d’eau en plomb, renforce les planchers au moyen de poutres armées et munit les toitures d’ardoises d’accroches en cuivre. La plomberie Monduit réalise des décorations de toits en plomb, qui font aussi office de paratonnerres. Enfin, l’architecte équipe le château d’un système de chauffage central en intégrant aux anciennes cheminées des calorifères.

La chapelle

Sa façade sur cour rappelle les saintes chapelles du Moyen Âge. Ornée d’une figure de pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle (auquel Viollet-le-Duc a prêté ses traits), elle dissimule une architecture étonnante.

Le salon de réception

Dans les chambres et les salons, Viollet-le-Duc multiplie les motifs floraux et les figures fantastiques. Les décors muraux, hauts en couleurs, sont exécutés au pochoir.

La salle des Preuses

C’est clairement la salle la plus imposante du château. Longue de 52 m, large de 9,50 m et haute de 12 m, elle incarne le faste de la période Second-Empire. Tour à tour salle de réception et galerie de bal, sa décoration polychrome est impressionnante.

Le nom de la salle m’intrigue. Je connais bien sûr la terme « preux » mais je ne savais pas qu’il se déclinait au féminin !

Étymologiquement, le terme « preux » viendrait du latin populaire « prodis », qui signifie utile et qui aurait également donné le mot « prouesse ». Le preux serait donc un personnage utile à la société, capable d’accomplir des exploits. Au Moyen Âge, le preux est nécessairement un guerrier dont la principale qualité est le courage, mais c’est aussi un homme courtois, sage et vertueux. Il constitue donc l’idéal du chevalier.
À la fin du XIVe siècle apparaissent les Neuf Preuses sous la plume de Jehan Lefèvre,  en l’honneur des femmes qu’il présente aussi vertueuses, courageuses et audacieuses que les hommes, si ce n’est plus !

Le manteau de l’imposante cheminée de la salle des Preuses est orné de neuf statues féminines (les preuses). Les visages de ces sculptures sont inspirés par l’impératrice et ses dames de compagnie.

La salles des Gardes

Située sous la salle des Preuses, on conserve dans cette salle une partie des vestiges archéologiques trouvés par Viollet-le-Duc. Entre autres, une très belle statue de la Vierge de l’Annonciation ainsi que des statues de preux.

Le bal des gisants

Enfin, un spectacle inattendu nous attend dans la crypte : des dizaines de gisants représentant des grands personnages de l’histoire de France prennent vie sous la baguette presque magique d’une scénographie envoûtante : jeux de lumières et poèmes chuchotés.

Voici donc, un très bref aperçu des trésors de ce château hors norme. Il y a bien entendu tant d’autres choses à découvrir que je ne peux les détailler ici.

Je vous recommande de louer l’audio-guide pour vous familiariser avec l’histoire du château et de son chantier de rénovation.

Visite du château | Infos pratiques

🕑 Horaires : 9h30 -18h (mai-août) – 10h – 17h30 (septembre-avril)

💵 Tarif : 8€/adulte, voir conditions de gratuité (- 18 ans, handicap, pass éducation, …).
Audioguide : 3€

💻 Site internet : Château Pierrefonds

Pierrefonds côté nature

Après ce long intermède culturel, nous poursuivons notre exploration de Pierrefonds et de ses environs, par une incursion dans la forêt omniprésente.

L’impériale forêt de Compiègne

La forêt de Compiègne est une source quasi inépuisable de promenades en tous genres. Cette énorme forêt domaniale compte plus de 14.000 ha de chênes, hêtres, ormes et cèdres. C’est la 3ème plus grand forêt de feuillus de France. C’est aussi le repère des cerfs, chevreuils et sangliers. Et l’automne y est éblouissant !

Petite anecdote : vous ne risquez pas de vous perdre en forêt de Compiègne : 301 poteaux directionnels y jalonnent les sentiers.

Le Voliard : promenade autour de Pierrefonds

Cet itinéraire facile de près de 7 km vous fera prendre de la hauteur pour admirer Pierrefonds sous un autre angle, avant de pénétrer dans la forêt de Compiègne.

Téléchargez l’itinéraire et le descriptif

Saint-Jean-aux-bois

À 5 km de Pierrefonds, un village, isolé au coeur de la forêt de Compiègne, mérite le détour. Saint-Jean-aux-bois : moins de 300 habitants, un écrin de verdure romantique à souhait. On y accède par un petit pont de pierre (18e siècle) donnant accès à une porte fortifiée du 16e siècle.

Porte fortifiée de l’abbaye – Crédit Photo P.poschadel – Wikipedia

La reine Adélaïde fonde là, en 1152, une abbaye de moniales bénédictines. Le village se développera autour de cette abbaye. L’église abbatiale, la salle capitulaire et l’entrée sont classés MH (monuments historiques). La rue des Abbesses, principale artère de la bourgade, vous séduira avec ses maisons pimpantes et fleuries. Vous aurez l’impression de remonter le temps. Tout ici est paisible, serein.

L’isolement du site est tel qu’il prend brièvement le nom de « Solitude » sous la Révolution française. Et les habitants sont aujourd’hui encore appelés les Solitaires.

Une courte promenade vous mènera au plus vieux chêne de la forêt de Compiègne (800 ans !). Autres points remarquables alentours : un lavoir couvert, le poste forestier de Sainte-Périne et la maison forestière de la Muette.

Inutile de dire que la magie des lieux opère ! Un panneau, aperçu dans l’abbaye, nous rappelle d’ailleurs l’essentiel …

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