Troyes, ville d’art et d’histoire, cité médiévale prospère, célèbre pour ses hautes maisons à pans de bois, ses vitraux, mais aussi pour son passé industriel et textile, ses magasins d’usine … sans oublier le divin nectar de la région. Autant de raisons d’y passer un court séjour.  

J’étais tombée sous le charme de Troyes en 2012. Le centre historique était alors en travaux et les rues grouillaient de monde. La richesse du patrimoine, à peine entrevue, m’avait donné envie d’y revenir. 8 ans plus tard, j’y programme une halte lors de notre périple franco-allemand. Malheureusement, fin juin 2020, Troyes sort à peine de sa léthargie post-confinement. Les rues et les terrasses sont étrangement vides et de nombreux musées sont encore fermés. Dommage. Il nous faudra donc revenir pour compléter la visite 😉

Balade au cœur de la cité médiévale

Visiter Troyes, c’est remonter le temps. Fouler les pavés d’étroites ruelles comme au Moyen-Âge, flâner le nez en l’air à l’affût des détails insolites d’incroyables maisons à pans de bois, presque toujours de guingois.

Petite histoire des maisons troyennes à pans de bois …

Dès le Moyen Age, Troyes jouit d’une belle notoriété grâce aux foires de Champagne qui attirent commerçants et artisans. La ville est densément peuplée et la majorité des habitations sont construites en bois (provenant des forêts alentours).

Mais le bois craint le feu et les incendies sont monnaie courante. En 1524, un incendie ravageur (d’origine criminelle) détruit un quart de la cité, réduisant en cendres quelque 1 500 habitations et jetant à la rue 7 500 personnes environ ! Il fallut reconstruire rapidement. Les plus fortunés adoptent alors la pierre pour bâtir de magnifiques hôtels particuliers. La plupart reconstruisent à l’identique. En découle, une grande homogénéité architecturale qui a persisté au fil des siècles.

Au XXe siècle, à la fin de la seconde guerre mondiale, la misère met à mal ce patrimoine. Vétustes et peu confortables, les maisons à pans de bois sont délaissées par leurs propriétaires qui n’ont pas les moyens de les rénover. De plus, la municipalité construit des immeubles modernes en périphérie. Le centre-ville se vide et se dégrade. Des quartiers entiers disparaissent.

Heureusement, au début des années 1960, la loi Malraux encourage la restauration et met un terme aux démolitions intempestives. La municipalité rachète plusieurs maisons ou octroie des subventions aux propriétaires souhaitant restaurer leur bien.

A partir de 1995, le mouvement s’accélère. Les connaissances historiques et techniques ayant évolué, les restaurations sont plus respectueuses des savoir-faire du Moyen Age et de la Renaissance.

L’observation attentive des façades permet de se familiariser avec les différentes techniques de construction et de restauration. Pour ceux que cela intéresse, des spécialistes proposent des visites guidées.

J’aime ces maisons à colombages, toutes différentes, colorées, tordues, arrogantes, fières, rafistolées, charmantes … peu importe qu’elles soient bichonnées ou décaties, toutes témoignent du riche passé de la cité et du savoir-faire de ses artisans.

Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est traquer les mille détails qui sont autant de signatures ou de clins d’œil des bâtisseurs et des artisans.

Arpenter le bouchon de Champagne

En observant le plan du centre historique de Troyes, on est frappé par sa forme de bouchon de Champagne ! C’est d’ailleurs le surnom qu’on lui donne.  Coïncidence ou choix délibéré ?

En réalité, il s’agit d’un héritage du passé. C’est au 12e siècle que l’enceinte fortifiée qui ceinture la ville prend cette forme, modelée entre autres par le cours de la Seine. Heureusement, la destruction des remparts à la Révolution ne modifiera pas la physionomie du vieux Troyes.

À voir dans le « corps » du bouchon

Nous voici au cœur trépidant de la vieille ville. Les maisons à pans de bois y abondent. Ce quartier commerçant est, aujourd’hui comme hier, fort animé. Les terrasses débordent au milieu des rues et sur les places. Et la foule zigzague d’une curiosité à l’autre. Le mieux est de déambuler tout à son aise pour sentir battre le pouls de la vieille cité et imaginer des temps révolus.

Voici néanmoins quelques incontournables.

  • La rue Champaux
    Principale artère du quartier au Moyen-Âge. Assez large pour l’époque, elle recèle quelques belles demeures du 16e siècle, comme la Maison du Boulanger, qui fut la première maison à pans de bois à être restaurée au XXe siècle ou encore l’Hôtel Juvénal des Ursins, en retrait, exemple typique d’un hôtel particulier reconstruit en pierre après le grand incendie de 1524.

  • La rue Emile Zola
    Aujourd’hui, c’est la principale rue commerçante de Troyes. Levez la tête, c’est en l’air que cela se passe ! Véritable arc-en-ciel pastel, du moins aux étages … tandis que les rez-de-chaussée, colonisés par des enseignes modernes, ne suivent pas forcément les mêmes impératifs de mise en valeur du patrimoine 😉

En étant attentif, vous découvrirez quelques petites merveilles, coincées entre deux devantures …

  • La ruelle des Chats
    Ne loupez pas cette minuscule ruelle … très, très étroite ! Elle doit son nom au fait que les maisons, si proches que leurs toits se touchent presque, permet aux chats de passer d’un grenier à l’autre sans passer par la rue. Comme d’autres rues de la vieille ville, elle a conservé sa rigole centrale qui servait au Moyen-Âge à évacuer les eaux usées et les détritus.

Pour l’anecdote, c’est de là que vient l’expression « tenir le haut du pavé ». En effet, les riches bourgeois marchaient « en haut du pavé » afin de ne pas se salir en s’approchant trop de la rigole centrale.

  • La Tourelle de l’Orfèvre
    Elle doit son nom à la profession du premier propriétaire des lieux. Recouverte en partie haute d’un damier d’ardoises, elle est supportée par trois cariatides aux allures de faunes.

  • La Maison Rachi
    Au XIe siècle, Rachi devient la référence en matière de commentaires de la Bible et du Talmud. La Maison Rachi invite à un voyage dans la culture juive dans un bâtiment magnifiquement restauré.

Vous l’aurez compris, toutes les rues recèlent mille détails insolites ou charmants. Sans parler des cours et des îlots intérieurs, restaurés ou recréés dans l’esprit du temps.

Il y a encore bien d’autres choses à voir dans le cœur historique de Troyes. Les guides et l’Office du Tourisme vous fourniront plans de visite et explications, ainsi qu’un parcours audio-guidé.

À voir dans la tête du bouchon

Outre la prestigieuse cathédrale, dont je parlerai plus loin, j’ai retenu 3 lieux remarquables (parmi d’autres) dans cette partie de la vieille ville.

  • L’Hôtel-Dieu-le-Comte
    Cet ancien hôpital fondé au XIIe siècle, transformé au XVIIIe, reconverti en hospice, puis désaffecté en 1988, abrite aujourd’hui un centre universitaire. L’un des pavillons, l’apothicairerie, renferme une étonnante collection de boîtes médicinales.

  • Rue Linard Gonthier
    Le nom d’un maître verrier troyen est associé à cette rue médiévale pittoresque. On remarque d’emblée la tourelle de l’hôtel du Petit Louvre, reconstruite en 1989 lors de la réhabilitation du bâtiment. Elle repose sur les derniers vestiges du premier rempart de Troyes. À l’autre bout de la rue, deux hôtels de charme ont investi des bâtiments magnifiquement restaurés, datant du XVe et XVIe siècles.

  • Le Cellier St-Pierre et la prunelle de Troyes
    Juste en face de la cathédrale, on distille depuis 1840 une liqueur joliment ambrée, titrant 40°… la prunelle de Troyes.

À voir entre deux

Entre le corps et la tête du bouchon, la vue se dégage. Après de longs travaux de rénovation, Troyens et touristes peuvent à nouveau profiter des quais, rendus à la flânerie, au fil de l’eau et des espaces verts de la place de la Libération.

En longeant les quais rénovés de l’ancien canal, on découvre le Cœur de Troyes, nouvel emblème de la ville.

Mais mon véritable coup de cœur se trouve un peu plus loin, sur la place de la Libération … il s’appelle Lili. Je trouve la sculpture du hongrois Andras Lapis incroyablement élégante et gracieuse. Assise sur son banc, protégée par son immense chapeau, Lili feuillette un livre sur les Comtes de Champagne. Elle donne envie de s’asseoir et de bavarder … Elle doit avoir tant d’histoires à raconter !

L’eau fait partie du patrimoine troyen au même titre que les maisons à pans de bois. C’était un élément vital, que ce soit pour les habitants ou pour protéger la ville des incendies.  Bordée par des cours d’eau sur trois côtés à l’époque gallo-romaine, Troyes sera transformée en « petite Venise ». En 1808, Napoléon 1er engage des travaux pour relier la Seine au canal de Bourgogne mais ce projet n’arrivera pas à son terme. Avec l’arrivée de l’eau courante, la plupart des canaux et des rus sont comblés au XXe siècle. (360m2.fr)

Depuis les années 2000, de nombreux aménagements ont redonné vie à ce quartier des quais devenu plutôt mal famé.  La nouvelle coulée vert – bleu – blond, moderne et décomplexée, crée un agréable trait-d’union entre les deux parties anciennes de la ville.

Bon à savoir : Il fut un temps où les péniches, venant de Paris, remontaient jusqu’au cœur de la ville et chargeaient les marchandises vendues sous la halle au blé ou les produits de bonneterie destinés aux grands magasins parisiens.

Troyes, la cité aux 10 clochers

Troyes ne compte pas moins de 10 églises dans son « bouchon de champagne», chacune avec ses propres caractéristiques liées à son époque. En quelques heures, impossible de les voir toutes. Nous en visiterons 3.

La Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul.

Erigée en plus de 400 ans, la cathédrale de Troyes illustre les différentes étapes du style gothique, tout en restant très homogène. Inachevée, elle ne possède qu’une seule tour. Longue de 114 m et haute de 28,50 m, elle est surtout réputée pour son incroyable ensemble de 180 vitraux, créés sur 4 siècles à partir de 1400.

Bon à savoir : c’est dans cette cathédrale qu’est juré en 1420 le «Honteux Traité de Troyes» qui donne la couronne de France à Henri V d’Angleterre

Basilique Saint-Urbain

Fondée par le pape Urbain IV, originaire de Troyes, c’est le monument de référence du gothique rayonnant. L’église bénéficiera de moyens exceptionnels accordés par le pape en 1260. Ici aussi l’architecture laisse toute la place aux verrières. Pourtant, faute de moyens suffisants, sa construction sera interrompue plusieurs fois, puis reprise entre le XIIIᵉ siècle et le XXᵉ siècle.

Je vous laisse découvrir l’intérieur … mais je ne résiste pas à l’envie de partager quelques clichés de gargouilles, une autre de mes marottes !

Église Sainte-Madeleine

Édifiée au 12e siècle et remaniée au 16e  siècle, l’église Sainte-Madeleine est la plus ancienne église de la ville. C’est aussi l’une des très rares églises ayant conservé son jubé de pierre sculpté au début du 16e siècle. C’est une œuvre emblématique du gothique flamboyant tant par son exubérance décorative que par la hardiesse de sa conception. Et j’avoue que j’en suis restée bouche bée …

L’église possède elle aussi de splendides vitraux du 16e siècle.

Le Jardin des Innocents, attenant à l’église, est un projet récent (2008), installé en lieu et place d’un ancien cimetière où étaient inhumés des enfants. Des traces d’arcs en ogive sur le mur d’enceinte du cimetière témoignent de l’existence d’une galerie funéraire. Le jardin comprend essentiellement et très symboliquement des végétaux à floraison blanche, comme l’hortensia Annabelle, la viorne ou encore l’oranger du Mexique. J’ai trouvé ce minuscule havre de paix au coeur de la ville absolument charmant.

3 musées insolites et incontournables

Au-delà des habituels musées des Beaux-Arts, d’Histoire ou des Sciences, pour notre visite, j’avais essentiellement repéré trois musées qui me semblaient plus spécifiques et représentatifs de Troyes. Malheureusement, pour diverses raisons, je n’en ai, à ce jour, visité aucun. Le premier étant fermé en juin 2020, les deux autres étant en rénovation jusqu’en 2021. Une nouvelle visite de Troyes s’impose donc 😉 Mais voici déjà les raisons de ce choix.

Le MOPO

La Maison de l’Outil et de la Pensée Ouvrière est abritée dans l’hôtel Mauroy construit vers 1550. Restauré et administré par les Compagnons du Devoir, il présente une collection de 11 000 outils, dits de «façonnage à main » des 17e , 18e et 19e siècles, complétée par une bibliothèque de 32 000 ouvrages consacrée aux métiers manuels. Réunie par un jésuite passionné, le père Paul Feller, cette collection est unique au monde.

La Cité du Vitrail

Troyes abrite une fantastique collection de vitraux qui remonte à mille ans, ce qui lui a valu le surnom de “ville sainte du vitrail”.  Point de départ de découvertes in situ, la Cité du vitrail, installée dans l’enceinte de l’Hôtel-Dieu-le-Comte, à mi-chemin entre la cathédrale et la basilique, permet d’aborder le vitrail sur tous les plans : esthétique, artistique, scientifique, historique et technique.

La Cité du Vitrail ouvrira en février 2021 dans l’Hôtel-Dieu-le-Comte à Troyes, entièrement restauré. Ce nouvel équipement culturel, unique en France, proposera, sur 3000 m², une immersion dans l’art du vitrail. Avec des espaces d’exposition permanentes et temporaires, des ateliers pédagogiques, un espace de projection, des jeux, des dispositifs interactifs, le visiteur trouvera des clés de lecture de l’art du vitrail et des réponses à ses questions. Des cartes et une Route du vitrail l’inviteront à poursuivre sa visite dans les édifices du département qui possèdent des vitraux, constituant la véritable collection de la Cité.
La chapelle de l’hôtel-Dieu sera le point d’orgue du futur parcours de visite de la Cité du Vitrail,

L’Apothicairerie

Comme mentionné plus haut, l’Hôtel-Dieu-le-Comte fondé au 12e siècle abrite une fabuleuse collection de piluliers, de boîtes à pharmacie et de pots à lotion et à potion. Un ensemble remarquable de boîtes médicinales et de faïences du 16e au 18e siècle retrace l’histoire de la pharmacopée.

© musées-troyes.com

Ce n’est qu’un au revoir Troyes

Ces quelques heures passées à Troyes en 2012 et 2020 m’ont, à chaque fois, ravie mais aussi frustrée et laissée sur ma faim … surtout en cet étrange été 2020, chamboulé par le coronavirus. Ce sera donc l’occasion de revenir pour découvrir d’autres joyaux de la ville.

Car nous sommes loin d’avoir exploré tous les recoins du bouchon de champagne ! Sans compter que Troyes ne se limite pas à son patrimoine médiéval et Renaissance (même si c’est probablement celui que je préfère), elle a également un riche passé industriel. Reconnue « capitale mondiale de la maille » au XIXe et XXe siècle, Troyes rimait à cette époque avec textile. Un Musée de la Bonneterie, logé dans l’hôtel de Vauluisant en témoigne.

Bref, il y a largement de quoi remplir un loooong week-end à Troyes !

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.