Séjour dans une loge de vigne transformée en gîte

À 45 km au sud de Tours, Ligueil est une commune rurale où l’on produisait jadis un petit vin de consommation locale. De cette époque datent une série de maisonnettes isolées, jadis plantées au milieu des vignes. Témoins insolites d’une activité viticole presque oubliée.

Juin 2022. Lors de notre escapade en Touraine, nous avons passé un week-end dans un tout petit gîte au milieu des champs. Presqu’une maison de poupée. Magnifiquement restaurée et augmentée pour offrir tout le confort nécessaire aux touristes en quête d’authenticité. Cest simple, rustique … mais tout y est !

À l’heure des tiny houses et des cabanes insolites, j’ai eu un coup de cœur pour cette petite maison isolée au cœur de la nature. Certains éléments intérieurs m’intriguant, j’ai demandé au propriétaire si sa maison avait une histoire. C’est ainsi que j’ai appris qu’il existait ici, à une époque pas si lointaine, plusieurs bâtiments similaires, perdus au milieu de la campagne.

Les loges de vigne : témoins d’un mode de vie révolu

Autrefois présentes un peu partout en France, les loges ou cabanes de vigne se font rares aujourd’hui. Construites entre le XVIIe et le début du XXe siècle, le plus souvent au milieu des vignobles, elles faisaient véritablement partie du paysage des régions viticoles.

Les maisons de vigne qui sont parvenues jusqu’à nous datent généralement de la fin XIXe, début XXe siècle. Ici, au pays de la pierre calcaire, elles sont plutôt élégantes, car fabriquées avec le magnifique matériau du coin, le tuffeau.

Typologie d’un habitat rural tombé en désuétude

  • Les cabanes ou loges de vigne sont plutôt rudimentaires. Elles se caractérisent par une pièce unique, des dimensions réduites, des techniques de construction souvent rudimentaires avec des matériaux trouvés sur place (pierres ou végétaux).
  • Les maisonnettes de vigne, aux aménagements plus nombreux et plus élaborés, comportaient une deuxième pièce pour les bêtes, voire un fenil. Elles servaient parfois d’habitation saisonnière, par exemple lors des vendanges.

À noter : l’appellation de ces petits abris perdus au milieu des vignes variait d’une région à l’autre : broie, caborne, caburoche, cadole, capitelle, chibotte, loge … et bien d’autres.


Éléments modeste du patrimoine rural, leur préservation est essentiellement liée à l’attachement ou à la volonté de certaines communes ou propriétaires de garder une trace d’un passé révolu. Ici et là des passionnés ont recensé ces petites maisons de vigne. L’historien Pierre Lecru a même publié un Guide des cabanes de vigne et de pêche dans la région de Saint-Émilion.

À quoi servaient les maisonnettes de vigne ?

Certains vignobles étant fort éloignés de la demeure de leur propriétaire, il n’était pas rare de partir toute la journée pour y travailler. C’est ainsi que sont nées les cabanes de vigne qui servaient aux vignerons et à leurs ouvriers pour ranger les outils (de plus en plus nombreux au fil du temps), pour manger et cuire les aliments sur leur lieu de travail, ou encore pour s’abriter en cas de mauvais temps. On y passait rarement la nuit. Parfois, le dimanche, on y pique-niquait en famille ou entre amis.

Au cours de la Deuxième Guerre Mondiale, quelques abris ont servi à cacher les armes larguées pendant la nuit, en attendant que les résistants les récupèrent.

Aujourd’hui, dans certaines régions, les maisons de vigne connaissent un véritable renouveau. Certaines servent de décor pour des pièces de théâtre, d’autres de lieu de dégustation de vins ou, comme dans notre cas, se sont métamorphosées en location de vacances.

Composition des loges de vigne

La plupart se composent d’une seule pièce à vivre avec cheminée. Quand l’exploitation était plus importante, une pièce supplémentaire servait d’abri à un ou deux chevaux. Dans ce cas, cette pièce intégrait une auge et un râtelier. Et on ajoutait parfois un fenil pour stocker du foin pour nourrir les animaux (et au passage isoler la loge du froid).

L’intérieur de la batisse est meublé simplement avec du mobilier rustique : une table, des chaises ou un banc, un placard ou une étagère servant à ranger les outils et les ustensiles de cuisine.

Le gîte qui nous accueille respecte bien l’esprit des lieux. Tout est simple, propre, fonctionnel.

Abandon progressif des maisons de vigne

Au fil du temps ces petits bâtiments sont devenus inutiles, voire gênants. Quatre raisons ont précipité leur abandon :

  • L’arrivée des tracteurs qui a sensiblement raccourci le temps de trajet entre le domicile et la vigne.
  • La crise du phylloxera à la fin du XIXe siècle qui a poussé de nombreux vignerons à se tourner vers d’autres cultures (champs ou vergers).
  • La redéfinition des zones viticoles vers 1930 ; certaines vignes ne seront pas replantées.
  • La diminution des exploitations agricoles et la monoculture avec ses immenses champs d’un seul tenant où il fallait surtout faciliter le passage des grosses machines agricoles.  

Progressivement, les toitures se sont dégradées, la végétation a envahi les murs qui se sont érodés et ont fini par s’écrouler. Parfois, des propriétaires les ont rasés pour gagner quelques mètres carrés de culture.

Il reste donc relativement peu de ces micromaisons au milieu des champs. Pourtant, elles ont tant d’histoires à nous raconter.

Le gîte de Mâchefer à Ligueil : métamorphose d’une maisonnette de vigne  

Le gîte que nous louons est une ancienne loge de vigne du XIXe, restaurée dans le respect de l’origine du lieu. Dans la cuisine, nous découvrons même un impressionnant pressoir en pierre.

Seule au milieu des champs, avec une vue bien dégagée et un vaste jardin clos de 5000 m² planté de fruitiers, cette petite maison a certes perdu les vignes qui l’entouraient mais … son charmant propriétaire nous avoue caresser le projet d’en replanter progressivement.

Les cabanes de vigne de Ligueil

À Ligueil, quelques passionnés se sont regroupés en association pour sauvegarder d’autres loges de vigne. Il faut dire qu’elles sont en piteux état …  Mais il serait dommage de ne pas les laisser nous raconter leur histoire.

Loge de Noizay : située sur la ligne de démarcation, elle servit aux patrouilles allemandes en 1940-1941. Puis de poste de douane de la zone occupée jusqu’en 1943.  

Loge de Mâchefer : on cultivait ici la vigne depuis le XIII e siècle. C’est sans doute la raison pour laquelle on trouve une autre loge tout près de notre gîte. Sobre et élégante, elle vient d’être restaurée (photo ci-dessous, en haut à droite).

Vive le tourisme rural

Il faut reconnaître que le tourisme rural a du bon ! Avec un peu d’imagination et une rénovation respectant l’âme des lieux, ces petites maisons de vigne retrouvent un second souffle, comme ici à Ligueil.

Le gîte restauré par Mr. Robert Arnault est un exemple de transformation réussie. Un véritable havre de paix, idéal pour partir à la découverte des richesses culturelles et naturelles de cette belle région.   

J’avoue que je suis sous le charme. Nous y aurions volontiers passé quelques jours de plus.

Pied-à-terre original pour visiter la Touraine

Je suis toujours à la recherche de gîtes à l’écart des lieux touristiques … Celui-ci répondait parfaitement à mes critères de sélection et se trouvait à petite distance de nombreux trésors culturels et naturels.

À moins de 50 km

  • L’incontournable Cité Royale de Loches (20 km)

Le château du Rivau et ses fantastiques jardins (45 km)

  • La Forteresse de Montbazon (32 km)
  • La Forteresse royale de Chinon (50 km)
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