La côte d’Albâtre se caractérise par une juxtaposition étonnante de paysages verdoyants perchés au sommet de hautes falaises, la plupart du temps sans contact avec la mer, et d’une façade maritime qui se limite à quelques « brèches » dans l’impressionnante muraille calcaire de 140 km, où se glissent, plus ou moins discrètement, ports, plages et stations balnéaires.

En Normandie, entre Seine et Somme, les valleuses sont un phénomène d’autant plus intriguant qu’un certain nombre de ces vallons suspendus entre ciel et mer n’arrivent plus jusqu’à la mer. Fruit de l’érosion de minuscules fleuves côtiers ou de ruisseaux désormais taris, ces échancrures, douces ou abruptes, ponctuent et animent la barrière de craie des falaises.

Diversité des paysages sur la  côte d’Albâtre

La côte d’Albâtre est une bande de terre d’une dizaine de kilomètres de large, où s’opère une subtile mue du paysage, de l’arrière-pays rural jusqu’à la façade maritime. Ou les plateaux et les champs s’ouvrent sur la mer et où les forêts se dissimulent dans des ravins.

Les routes qui traversent le Caux Maritime restent en retrait du littoral de 500 mètres au minimum (car les falaises reculent d’années en années). De sorte que le meilleur moyen d’aborder ce paysage à nul autre pareil … c’est à pied, par le GR21, qui serpente au plus près des falaises. C’est ainsi qu’on appréhende le mieux l’alternance entre les plateaux aux verts pâturages, les valleuses boisées, les falaises abruptes et les plages et estrans rocheux.

C’est ainsi que l’on prend conscience d’un phénomène insolite : la côte d’Albâtre ne dispose que de 28 accès à la mer sur près de 140 km. Chacun correspond à une entaille plus ou moins large et profonde dans l’impressionnant mur de falaises qui la constitue.

On trouve ainsi, du Tréport au Havre :

  • 4 grandes vallées avec des centres urbanisés importants : Le Havre, Dieppe, Fécamp, Le Tréport ;
Le Tréport

Le Tréport

  • 7 petites valléesoù se nichent des stations balnéaires de tailles diverses : Étretat, Yport, Veulettes-sur-Mer, Saint-Aubin-sur-Mer, Saint-Valéry-en-Caux, Veules-les-Roses, Criel-sur-Mer ;
Etretat

Etretat

  • 4 plages détachées de leur village sur le plateau: Quiberville-sur-Mer, Sainte-Marguerite-sur-Mer, Hautot-sur-Mer, Saint-Pierre-en-Port ;

Saint-Pierre-en-Port

  • 9 valleuses plus confidentielles : Saint-Jouin de Bruneval, Le Tilleul, Vaucottes, Eletot, Les Grandes-Dalles, les Petites-Dalles, Varengeville-sur-mer, Vasterival, Le Mesnil-Val

Les Petites-Dalles – vue du GR21

  • 4 accès à la mer artificiels : Saint-Jouin de Bruneval (accès au port d’Antifer), Le Port à Saint-Martin-aux-Buneaux (échelle), Sotteville-sur-Mer (escalier), Saint-Martin-en-Campagne (accès à Penly).

Valleuse de Saint-Martin-aux-Buneaux

Dans ces conditions, on comprend que le tourisme balnéaire au Pays de Caux soit soumis à des contraintes inhabituelles : front de mer limité, plages étroites, risques liés à la forte érosion des falaises, présence majoritaire d’un estran rocheux et de cordons de galet ne découvrant des bancs de sable qu’à marée basse, …

Falaises et valleuses en pays de Caux

De la côte d’Albâtre on connaît surtout les hautes falaises calcaires qui forment un rempart face aux assauts de la mer. Elles s’élèvent de 30 à 105 m au-dessus du niveau de la mer. Mais c’est un véritable colosse aux pieds d’argile. En effet, elles sont inlassablement érodées par la mer qui grignote chaque année quelques centimètres, attaquant le pied des falaises et fissurant la partie haute qui finit par sombrer, à grand fracas, dans les flots. À tel point que le trait de côte recule en moyenne de 10 à 50 cm/an selon les endroits.

Apparues suite au soulèvement des sols il y a 2 millions d’années, les valleuses sont l’une des attractions du littoral du Pays de Caux. Surtout celles, confidentielles et parfois périlleuses, qui ne mènent à la mer qu’au bout d’une petite route très secondaire, par un escalier, voire une échelle aboutissant à une plage généralement peu fréquentée, au pied de hautes falaises.

Les vallées et valleuses de la côte d’Albâtre sont de trois types :

  • Les valleuses vives: il s’agit de dépressions naturelles plus ou moins larges où se sont nichés les petits ports et les stations balnéaires (Fécamp, Yport, Étretat)
  • Les valleuses mortes: dans le cas de ces entailles plus étroites, l’accès au rivage nécessite un aménagement (escalier, échelles, …)
  • Les valleuses perchées: la dépression du terrain ne donne plus accès au rivage.

Le GR21 : rando phare au pays des falaises et des valleuses

Un fabuleux chemin de randonnée, le GR21, vous fera découvrir les paysages extraordinaires du littoral du Pays de Caux. Un itinéraire de 120 km aux points de vue spectaculaires sur les falaises, les plages de galets, les villes portuaires et les pâturages.

Les valleuses du Havre à Fécamp

Entre Le Havre et Fécamp, plusieurs valleuses se succèdent, toutes aussi intrigantes et surprenantes.

  • La valleuse d’Aquacaux: le ton est donné ! Pour descendre jusqu’à la ferme marine d’Aquacaux au bord de l’eau (située dans une ancienne base militaire de l’OTAN), vous avez le choix : soit un escalier de 500 marches qui descend jusqu’au pied des falaises, soit un sentier en pente régulière (100m de dénivelé). Les belles choses se méritent !

  • La Valleuse du Fourquet: très encaissée, elle est moins connue que la valleuse d’Antifer que l’on peut rejoindre en 30 minutes.

Crédit photo @destinatinosdejullie.fr

  • La Valleuse d’Antifer propose, à quelque pas de là, un accès à la mer, via un chemin aménagé qui aboutit à une plage sauvage, protégée par le Conservatoire du Littoral. Autrefois empruntée par les pêcheurs et les exploitants de galets, Antifer est l’une des dernières valleuses non urbanisées de la côte d’Albâtre. Et c’est aussi le point de départ d’une jolie balade jusqu’à Étretat.

  • La Valleuse du Curé. Elle s’est effondrée en 2001. L’accès à la plage n’existe plus. Le GR21descend vers ce qu’il en reste. Rien qu’une vue plongeante …

Avant de s’effondrer, en juillet 2001, la valleuse du Curé comportait un escalier de 283 marches conduisant à la plage, creusé à l’intérieur de la falaise. L’abbé Desson-de-Saint-Aignan est à l’origine de sa construction, en 1883. Il y avait des ouvertures sur l’extérieur, avec une vue impressionnante.

  • La valleuse d’Étigues. Assez confidentielle, cette valleuse est pourtant connue des randonneurs. Le chemin des falaises depuis Yport passe par là. Et un sentier de terre mène à une plage de galets.

  • La valleuse de Vaucottes. Du haut du GR21, la vue sur les villas Belle Époque de la valleuse de Vaucottes est magnifique. Elles sont nichées dans un écrin de verdure, entourées de jardins et de parcs verdoyants. Au cœur de ce vallon intimiste, une petite route descend jusqu’à la plage.

  • La valleuse d’Yport. Jadis village de pêcheurs, Yport a connu, comme sa voisine, un véritable engouement touristique au XIXe siècle. Et l’on y découvre aujourd’hui encore, au détour d’un sentier ou d’une ruelle, de magnifiques villas Belle Époque.

  • La valleuse de Grainval. Dans le calme de cette valleuse se dresse une petite chapelle en brique et silex du début du XXe siècle. La plage de galets est accessible par un sentier aménagé. De là, on aperçoit Fécamp et on découvre, à quelques mètres, la source de « la roche qui pleure ».

  • La Valleuse de Valaine: une valleuse courte et haut perchée à mi-chemin entre la Pointe de la Courtine et la Manneporte près d’Etretat. Sans accès à la mer.

Pour les plus aventureux, en très bonne condition physique, il existe une superbe balade qui relie, par le bas, au pied des falaises, à marée basse, la plage d’Étretat à la plage du Tilleul, en passant par la Porte d’Aval, le Trou de l’Homme, la Valleuse de Jambourg, la Manneporte, la Valleuse de Valaine, la Pointe de la Courtine. On revient ensuite au point de départ, par le sentier des falaises. C’est une balade vraiment physique mais qui offre des points de vue incroyables.

D’autres valleuses entre Fécamp et St-Valéry-en-Caux

  • La valleuse de Senneville-sur-Fécamp. On retrouve le schéma habituel : une petite route baptisée “Le val de la mer” descend en pente douce au milieu des prairies jusqu’à un petit parking. On emprunte ensuite un sentier qui aboutit à un escalier … et voilà la mer ! Un petit coin bien connu des amateurs de pêche à pied.
  • La Valleuse d’Eletot. Une valleuse boisée de 50 hectares, aussi appelée Val Ausson. Elle fait partie du « Circuit des Valleuses ». L’accès à la mer n’y est plus possible mais le point de vue y est fantastique et c’est un bon spot pour l’observation des oiseaux. On peut toutefois accéder à la plage à marée basse à partir de Senneville ou Saint-Pierre-en-Port.

  • Les Grandes Dalles et Les Petites Dalles – deux valleuses mitoyennes, séparées par une falaise imposante mais fragile, qui a connu des éboulements à répétition en 2016. Les plages en retrait des falaises offrent des sites protégés des vents. Monet, séduit par le lieu, y a peint plusieurs toiles.

  • La valleuse de Saint-Martin aux Buneaux, autre valleuse discrète et pittoresque. Pour accéder à la plage … une échelle.
  • La vallée de la Veulettes aboutit à Veulettes-sur-Mer qui possède la plus longue digue promenade (1,5 km) de la côte d’Albâtre. Grande vallée peu bâtie à l’embouchure de la Durdent.

  • La valleuse de Sotteville-sur-Mer – accès au pied de la falaise par un escalier de 231 marches. Taillé à même la craie en 1890 pour permettre aux pêcheurs de descendre à la mer. Aménagé au début du XXe siècle avec des rails pour remonter les galets de la grève qui servaient de poudre d’émeri et pour la construction. Miné puis dynamité pendant la guerre, il fut reconstruit en 1954.

Et cela continue entre Pourville et Varengeville-sur-mer

À quelques kilomètres de Dieppe, du côté de Varengeville et du phare d’Ailly, on découvre d’autres valleuses, boisées, encaissées … charmantes.

Les valleuses de la butte de Varengeville sont petites et ont un profil particulier, très encaissé : ce sont des gorges aux pentes ravinées ; ces valleuses (d’Ouest en Est : Port de Vasterival, Port de Morville, Port des Moutiers, Gorge du Petit Ailly, Port de Mordal) sont drainées par des rus intermittents. Les bois sont caractérisés par la chênaie-frênaie, la frênaie-érablière à Scolopendre, l’aulnaie-frênaie, la châtaigneraie, des taillis de noisetiers. (source)

Cinq valleuses réservent des décors insoupçonnés. Très fréquentées au printemps lorsque les bois et les champs se couvrent de jonquilles. Elles ont même donné naissance à un parcours artistiques éphémère en

  • La Valleuse Mordal est difficilement accessible, d’autant qu’il s’agit en partie d’une propriété privée. Particularité : le coteau sud abrite une vigne.
  • La Valleuse du Petit-Aillyest très fréquentée par les pêcheurs à pied, surtout lors des grandes marées. Belle vue sur la Baie de Dieppe.
  • La Valleuse des Moutiers: facilement accessible par le GR21et très pittoresque. De la plage, magnifique vue sur l’église perchée sur la falaise.

  • La Valleuse de Morville présentait au début du XXe siècle une aiguille comparable à celle d’Etretat. Détruite depuis par les marées et les tempêtes.
  • La Valleuse de Vasterival débouche sur une vue à couper le souffle. Une plage rocheuse sauvage, rempart de falaises à perte de vue, une mer d’un bleu limpide… Cette valleuse était jadis entourée de somptueuses villas. La plage de Vasterival est l’une des plus belles de la Côte d’Albâtre.

Bon à savoir : C’est par cet accès que les anglais ont pénétré sur le sol français en 1942 pour détruire la batterie de canons lors de l’opération Jubilée.

Et la région de Varengeville-sur-Mer vaut d’autant plus le détour qu’elle regorge de merveilles patrimoniales (dont l’incontournable église perchée au-dessus des falaises, entourée de son cimetière marin).

Ou encore de jardins remarquables comme le Vasterival.

Dernières valleuses entre Dieppe et Le Tréport

  • La Valleuse du Prêtre ou Valleuse de Belleville. Accès à la mer au fond d’un vallon sauvage, en grande partie boisé. D’un accès facile avec quelques espaces de parking.

  • La Valleuse de Berneval-le-Grand mène à une plage de sable et de galets. Chemin aménagé. En haut de la valleuse, face au chemin, un monument et une petite chapelle rappellent l’opération Jubilée en août 1942 et rendent hommage aux victimes.
  • Vallon du Parfonval : une incision profonde mais qui n’arrive pas jusqu’au platier.
  • Le Val Pollet près de Criel sur Mer : une valleuse basse qui n’atteint pas non plus le platier. Jadis, une échelle métallique et une structure bétonnée permettaient l’accès à la mer. Depuis 2018, suite à un nouvel éboulement, la descente vers la mer est interdite à cet endroit. Le GR21 qui longe le sommet de la falaise traverse la valleuse.

 

En conclusion

Les valleuses constituent des buts de promenades très appréciés.  Selon les zones, elles seront plus ou moins fréquentées et/ou accessibles.

Lorsque c’est possible, je vous recommande de tester une balade en boucle, en bord de mer et aux pieds des falaises (mais pas trop près) dans un sens et retour via le GR21 en haut des falaises (ou l’inverse). Vous aurez ainsi l’occasion d’expérimenter tous les aspects de ce littoral surprenant.

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