Le sud de la Corrèze abrite plusieurs villages remarquables. A commencer par Collonges-la-Rouge, tout premier village labellisé « Plus beaux villages de France », un label imaginé par le maire du lieu pour valoriser un patrimoine rural exceptionnel. Puis, quelques kilomètres plus loin, nous découvrirons un autre joyau corrézien : Turenne et son château. Je vous invite à nous suivre !

Collonges-la-Rouge

Ce qui frappe lorsqu’on arrive en vue de Collonges, c’est l’originalité et l’unité de ton du lieu. Le rouge sombre des vieilles pierres contraste merveilleusement avec le paysage verdoyant des châtaigniers et prairies alentours.

Ici, ni antennes, ni paraboles, ni fils téléphoniques disgracieux. Tout est fait pour préserver l’authenticité des lieux malgré la pression touristique ou la modernité. Le décor est d’ailleurs tellement magique qu’il a séduit de nombreux cinéastes.

On peut bien sûr regretter la multiplication des échoppes touristiques et la gentrification du village (près de 40% des habitations sont des résidences secondaires) mais, heureusement, les autorités locales ont su préserver l’unité de style.

Une cité de grès rouge

Collonges-la-Rouge doit son nom à la pierre utilisée pour construire ses bâtiments. Un grès rouge, issu d’un filon tout proche, qui lui confère un charme très particulier. Toute l’originalité du grès de Collonges tient dans sa teneur en oxyde de fer (plus de 2%).

Cette terre rouge, dite « terre de Collonges », qui prend une teinte saumonée l’été quand elle est sèche, et une teinte de sang séché en période humide, se prête au travail de la poterie artisanale, d’où les ateliers de poterie dans le territoire. (wikipedia)

Près de 500 habitants résident en permanence à Collonges. C’est donc bien plus qu’une simple vitrine touristique ou un décor de cinéma. Certes, le village retrouve son calme hors saison mais il continue à vivre grâce aux artisans qui y ont élu domicile. Ils perpétuent un savoir-faire local, comme la coutellerie et la poterie, ou valorisent des produits du terroir comme la moutarde violette (à base de moût de raisin), les noix ou le foie gras.

Une cité aux 25 tours

L’histoire de la cité remonte à l’époque gallo-romaine. Puis, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, elle fait partie de la Vicomté de Turenne qui jouit d’une grande autonomie.

A partir du XIe siècle, le village se développe autour du Prieuré, dont on peut encore voir les vestiges romans (tympan, clocher). A la fin du XVe et début XVIe siècle, Collonges devient le lieu de résidence des hauts fonctionnaires de la Vicomté de Turenne. Ce qui explique la présence de nombreux castels et manoirs qui contribuent à la richesse architecturale de Collonges. En 1880, le phylloxéra détruit la vigne, qui eût une période de gloire à Collonges du XIIe au XIXe siècle. Au XIXe siècle, la cité tombe en léthargie et des maisons commencent à tomber en ruine. Au XXe siècle, l’exode rural entraîne la perte d’une grande partie de la population. La « renaissance » de la cité débute en 1905 avec le classement de l’église aux Monuments Historiques. Les premiers travaux de restauration commencent dans les années 30, grâce notamment au maire Charles Ceyrac et à la Société des Amis de Collonges.

La richesse architecturale se dévoile au fil d’une promenade bien agréable. Manifestement, les seigneurs qui vivaient ici aimaient montrer leur puissance. Leurs demeures flanquées de tours et tourelles en sont les témoins indéniables.

L’appellation cité aux 25 tours date du temps de la splendeur de Collonges. Mais, un impôt introduit en 1798 poussera certains propriétaires à les démolir ou à les araser d’un ou deux étages. Les tours escaliers deviennent progressivement invisibles de l’extérieur. En 2020, on ne compte plus que 17 tours apparentes (ce qui n’est pas si mal pour un si petit village !).

Premier village labellisé « Plus beaux villages de France »

L’initiative de labelliser les plus beaux villages de France est née ici à Collonges. C’est le maire Charles Ceyrac (1965-1996) qui a créé l’association en 1982, pour valoriser et sauvegarder le patrimoine rural français.

Les incontournables de Collonges-la-Rouge

Le village de Collonges-la-Rouge n’est pas très grand et entièrement piétonnier. Vous laisserez donc votre voiture dans l’un des parkings (payants) à l’entrée du village. Je vous conseille de vous arrêter ensuite à l’Office du Tourisme pour récupérer un plan de la cité pour ne rater aucune pépite. Prévoyez 1h30 pour vous promener tout à votre aise et vous imprégner de l’ambiance de la cité rouge.

Et pour vous mettre l’eau à la bouche, voici quelques suggestions.

Eglise Saint-Pierre

Construite au 11e siècle, fortifiée au cours des guerres de religion au 16è s. puis agrandie avec l’ajout d’une deuxième nef, cette église romane a une particularité : elle fut longtemps partagée entre le culte protestant et catholique. Une simple cloison séparait les deux cultes !

Parmi les éléments remarquables, on notera :

  • Le clocher octogonal à gables du XIIe qui s’’élève à plus de 20m. Un exemple particulièrement élaboré de style roman limousin.
  • Le donjon carré pourvu d’une salle de défense qui communiquait avec un chemin de ronde.
  • Le tympan, seul élément taillé dans du calcaire blanc (qui permet un travail plus fin que le grès), qui tranche sur le rouge sombre du reste de l’édifice.

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CC BY 2.0, Lien

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CC BY-SA 3.0, Lien

La chapelle des pénitents noirs

En face de l’église, cette chapelle dédiée à Saint Maximin, date du XIVe siècle. Lieu de sépulture de certaines familles notables locales, c’est surtout le lieu de rassemblement des Pénitents noirs (confrérie charitable laïque) jusqu’à la fin du XIXe. Tombée en ruine après la disparition de la confrérie, des travaux de restauration sont entrepris en 1927. Depuis 2016, on peut y admirer des vitraux contemporains.

La halle aux grains

Implantée face à l’église, la halle daterait de la fin du 16e. C’est un passage obligé qui abrite jusqu’en 1897 un marché aux vins et huiles de noix.

Au fond, on aperçoit un four banal. Restauré en 1977, il est allumé lors de fêtes, comme la fête du pain le 1er weekend d’août.

La porte plate

La cité médiévale était protégée par une enceinte fortifiée dont on retrouve encore quelques vestiges, comme la porte plate, ainsi appelée parce qu’elle n’a pas de tour. C’est l’entrée principale du prieuré.

N’hésitez pas à explorer tous les coins et les recoins de ce petit village si sympathique. Vous y découvrirez des trésors parfois bien cachés.

Les maisons des notables

Vous passerez devant plusieurs maisons de notable parfaitement conservées ou restaurées. Beaucoup sont classées aux monuments historiques.

La maison de la sirène est l’une des plus connues. Cette maison collongeoise typique, avec porche et passage couvert, date du XVIe siècle. Elle abrite un musée des arts et traditions populaires (ouvert seulement en été). Elle doit son nom à la sirène sculptée en haut à droite de la porte d’entrée.

La maison Bonyt est une autre maison typique qui abrite les œuvres charmantes d’un ferronnier.

Les castels

Quatre édifices aux proportions plus imposantes bordent le village aux quatre points cardinaux. Ces castels servaient de bastions et protégeaient la cité.

  • Le château de Benges: l’édifice comprend deux parties bien distinctes. Un corps de bâtiments comprenant le château à tourelle du 16e siècle et une aile du 17e ou 18e couverte d’un comble à la Mansard ; un bâtiment de communs dans la cour intérieure.

  • Le castel de Vassinhac est l’ancienne demeure du gouverneur de la vicomté de Turenne. Construit entre 1499 et 1583, ce logis massif est encadré de deux tours hexagonales. Les échauguettes et les meurtrières témoignent de la fonction défensive de l’édifice. Depuis 2019, la moitié de la demeure se visite.

  • Le castel de Maussac: élégant ensemble de deux logis en équerre flanqué sur un angle d’une fine tour en poivrière sur tour carrée. L’accès se fait par un portail à auvent (17e).  A noter l’enduit de la tour et des façades ! Il fut une époque où Collonges cachait ses pierres sous la chaux …

  • Le château du Martret: de l’autre côté de la départementale, en hauteur, cette demeure du 16e domine le bourg. À noter la tourelle d’angle en poivrière, les échauguettes et un toit Louis XIII.

Collonges-la-Rouge en pratique

En été, les possibilités de visites se multiplient. Informez-vous auprès de l’Office du Tourisme.

  • Visite guidée d’1h15
  • Visite nocturne à la lueur des flambeaux
  • Visite à votre rythme. Comptez 2h pour faire le tour de la cité médiévale et des alentours.

Turenne, village et château perchés

A une dizaine de minutes de Collonges changement d’ambiance : perché sur son promontoire, le château de Turenne (ou ce qu’il en reste) domine la campagne corrézienne. À ses pieds, des maisons de pierre blonde s’agglutinent en rangs serrés tout autour du promontoire. Ici aussi l’unité de ton et de style est évidente … quoique bien différente.

Tout comme Collonges, Turenne est classé parmi les Plus Beaux Villages de France. Mais, contrairement à la cité rouge, la pierre ici est blanche et contraste avec le gris des toits en ardoise.

Les ruelles pentues mènent toutes au château. Et là-haut, vous apprécierez le merveilleux point de vue à 360° sur la campagne corrézienne et le superbe jardin qui a pris la place de l’ancien château.

Flânerie au cœur de la Vicomté

Un itinéraire de découverte en 10 étapes fait le tour de Turenne, depuis le bas du village jusqu’au château. Des panneaux d’explications jalonnent ce circuit concocté par l’Office du Tourisme, avec tous les renseignements utiles (historiques, architecturaux …) pour comprendre l’histoire de la vicomté.

Point de départ de la visite : la place du Milieu ou du Marché. On est ici au centre du bourg et à la croisée des routes. La place est bordée d’imposantes maisons construites par les notables aux XVIIe s.

De là, nous entamons la grimpette vers le château, en empruntant la rue Droite où alternent maisons nobles du XVe et XVIe siècle et boutiques d’artisans.

Fortifications

La ville haute était entourée d’une muraille percée au Moyen-Âge de 3 portes dont il ne subsiste plus que la Porte de Mauriolles. Mais le tracé des rues et les détails architecturaux évoquent toujours le riche passé médiéval.

Après la visite du château, lorsque vous redescendrez vers le village, arrêtez-vous à la collégiale Notre-Dame Saint-Pantaléon (XVIIe siècle), pour admirer son clocher-porche de plus de 30 mètres de haut et son retable en bois doré (1678).

Une vicomté autonome pendant 10 siècles

Devenue un véritable État féodal à la suite des croisades, Turenne fut un des plus grands fiefs de France au XIVe siècle. Les puissants seigneurs de la Vicomté de Turenne régnèrent durant dix siècles sur le Bas Limousin, le Quercy et une partie du Périgord. Turenne battait sa propre monnaie, levait des troupes … bref, elle défiait le roi de France !

Deux tours et un panorama extraordinaire

Le château de Turenne dominait, du haut d’une falaise imprenable, les maisons et la campagne environnante. Là-haut, sur une plate-forme de 1500 m², entourée de murailles, se dressent deux tours, ultimes vestiges des anciens bâtiments.

La tour César

Cette tour cylindrique du XIIIème siècle symbolisait l’allégeance du vicomté à la Couronne. Elle servait de tour de guet et de relais pour envoyer des signaux. Un escalier à vis donne accès au sommet de la tour et à un incroyable panorama sur toute la région.

Le donjon, ou Tour du Trésor

À l’opposé, le donjon, bâti au XIVème siècle, témoigne de la puissance vicomtale avant d’être un ouvrage défensif.

Le corps de logis et les autres bâtiments ont été démolis après la vente de la Vicomté, en 1738. En lieu et place, un superbe jardin occupe la plateforme rocheuse. Recensé dans le guide des Parcs et Jardins de France, il allie des dessins « à la française » et un grand parterre fleuri à l’anglaise. Un vrai régal pour les yeux !

Turenne en pratique

Le château, avec ses deux tours, se visite tout au long de l’année. Consultez le site web du château pour les horaires précis (ils varient selon les saisons).

Comptez 2h pour visiter le village et le château tout à votre aise.

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